L’Assemblée nationale RDC est-elle en train de tourner une page décisive en matière de discipline parlementaire ? Alors que le processus de collecte des rapports de vacances parlementaires entre dans sa phase critique, les chiffres dévoilés par le cabinet du Rapporteur adjoint dessinent une courbe ascendante aussi inédite que significative. Avec 328 rapports déjà déposés sur les 493 attendus, soit un taux de conformité avoisinant les 65%, l’institution législative affiche une performance qui contraste avec les habitudes d’un passé souvent marqué par la lenteur administrative. Cette dynamique, orchestrée sous l’impulsion de la Rapporteure adjointe, l’Honorable Clotilde Mutita, dépasse la simple formalité administrative pour s’ériger en véritable test de la redevabilité parlementaire.
Le président de l’Assemblée, Aimé Boji Sangara, et son équipe jouent gros sur ce dossier. En interne, la mise en place d’un mécanisme de suivi « efficace et méthodique » est présentée comme la clé de cette avancée. « Nous saluons l’engagement des Honorables députés qui ont déjà répondu à cette exigence de redevabilité », a déclaré la Rapporteure adjointe, insistant sur le caractère collectif de l’effort. Cette profession de foi managériale trouve un écho concret dans les chiffres par province : Kinshasa mène la danse avec 38 rapports sur 56, talonnée par des régions telles que le Nord-Kivu, l’Ituri et le Haut-Katanga. Une géographie de la compliance qui, si elle se maintient, pourrait redistribuer les cartes du mérite politique au sein de l’hémicycle.
Mais derrière cette façade de succès organisationnel se cache un chantier tout aussi stratégique : la transition numérique. La cellule de numérisation rapports députés, pilotée par Orphée Kabeya, est au cœur d’une mutation silencieuse mais fondamentale. Sur les 328 rapports physiquement reçus, 131 ont déjà été convertis en données digitales. « Nous faisons face à des contraintes techniques, notamment liées à l’adaptation de certains députés au dépôt numérique », concède le coordonnateur, révélant ainsi une fracture générationnelle ou technologique au sein même du corps législatif. Cette numérisation rapports députés n’est pas une fin en soi ; elle constitue le socle indispensable pour une traçabilité et une analyse futures des activités des élus, transformant une obligation bureaucratique en outil de transparence.
Cette course contre la montre administrative pose une question sous-jacente : cette soudaine célérité est-elle le signe d’une maturité institutionnelle retrouvée ou simplement la réponse à une pression hiérarchique plus ferme ? La mise en place imminente d’une commission chargée d’élaborer la synthèse finale des rapports marquera le véritable début de l’épreuve de vérité. L’analyse de ces documents révélera-t-elle la substance du travail de terrain des députés RDC ou ne fera-t-elle qu’entériner une culture du formulaire rempli à la hâte ? La crédibilité de toute l’opération en dépend.
À l’évidence, le cabinet du Rapporteur adjoint a réussi la première manche en mettant la « machine » en marche. Cependant, l’étape décisive de l’exploitation et de la publicité éventuelle des conclusions reste à venir. La performance quantitative, si elle est nécessaire, ne saurait suffire à garantir la redevabilité parlementaire. La balle est désormais dans le camp de la commission de synthèse, dont les travaux devront éviter tout deux poids deux mesures pour que cette opération de transparence ne soit pas perçue comme un simple exercice de communication. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale RDC, le prochain enjeu est déjà visible : faire en sorte que le suivi des rapports de vacances parlementaires ne soit plus une exception mais la norme d’un parlement qui se veut redevable devant ses mandants.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
