La visite à Kinshasa de Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch, a pris jeudi 22 mai des allures de mise en garde solennelle. Face à la presse, le responsable de l’ONG internationale n’a pas caché son inquiétude : l’annonce d’une possible réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo s’accompagne d’un resserrement préoccupant de l’espace civique, menaçant les libertés fondamentales d’expression et d’opinion.
Depuis que l’idée d’une révision de la Constitution a été évoquée par des caciques du régime, le climat politique s’est sensiblement alourdi. Les observateurs n’hésitent plus à faire le parallèle avec la fin du mandat de Joseph Kabila, marquée par une répression des voix dissidentes et un verrouillage progressif du débat public. À Kinshasa, les déments officiels sur une éventuelle prolongation du président actuel n’ont pas suffi à dissiper les soupçons. Au contraire, la tension monte.
« Notre espoir est que cet espace civique et démocratique ne se rétrécisse pas rapidement, mais qu’au contraire les autorités prennent des mesures pour s’assurer que les citoyens puissent manifester pacifiquement lorsqu’ils le souhaitent et exprimer leurs opinions dans les médias, y compris sur l’opportunité ou non de modifier la Constitution », a martelé Philippe Bolopion. Une déclaration qui sonne comme un avertissement à peine voilé : la communauté internationale garde un œil attentif sur la santé démocratique congolaise.
Human Rights Watch, qui a multiplié ces dernières années les rapports sur les violations des droits humains en RDC, craint un retour aux heures sombres des arrestations arbitraires et des disparitions forcées. « Un des sujets sur lesquels nous avons travaillé concerne les disparitions forcées et les arrestations arbitraires. Pour nous, ce serait une perte pour les autorités de restreindre la liberté d’expression », a souligné M. Bolopion, remettant ainsi la question brûlante de la liberté d’expression en RDC au centre du débat. La rhétorique de l’ONG est limpide : étouffer la critique reviendrait à hypothéquer la stabilité politique déjà fragile du pays.
Lors de son séjour, le directeur exécutif dit avoir eu un échange franc avec les autorités congolaises ainsi qu’avec diverses organisations de la société civile. Si les discussions ont porté sur l’éternelle crise sécuritaire à l’Est, le sujet de la vie politique à Kinshasa n’a pu être éludé. Pour HRW, la concomitance entre les annonces de réforme constitutionnelle et la multiplication des intimidations contre les journalistes et les militants n’a rien d’une coïncidence. Elle dessine plutôt une stratégie d’autocensure imposée qui rappelle les dérives autoritaires du passé récent, plaçant l’espace civique sous haute tension.
À l’heure où les appels à la retenue se multiplient, le gouvernement congolais reste silencieux face à ces accusations. Mais l’alerte de Human Rights Watch, forte de son expérience dans le pays, pourrait bien peser dans le débat. Alors que les prochaines échéances électorales se profilent et que la question constitutionnelle s’impose comme une ligne de fracture, les Congolais sont en droit de s’interroger : leur voix sera-t-elle vraiment entendue, ou le bruit des bottes couvrira-t-il une énième fois le murmure des urnes ?
L’espace civique, ce thermomètre de la vitalité démocratique, n’a jamais semblé si fragile. Human Rights Watch RDC ne s’y trompe pas : derrière le débat technique sur la réforme constitutionnelle se joue l’avenir des libertés publiques. Aux autorités désormais de montrer qu’elles préfèrent le dialogue au silence forcé.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
