La Route nationale 41, artère économique vitale reliant Kananga à Ilebo, subit une paralysie partielle depuis près de quinze jours. Le responsable ? Une inondation ayant submergé la passerelle provisoire du pont en construction sur la rivière Katusenga, dans le territoire de Demba. Cette rupture brutale du lien terrestre plonge le trafic Kananga Ilebo dans le chaos et menace directement la sécurité alimentaire de la capitale du Kasaï Central. Quelles sont les conséquences immédiates de cette rupture logistique et comment les populations s’adaptent-elles face à cette crise ?
Les pluies diluviennes des dernières semaines ont transformé ce chantier crucial en un goulet d’étranglement. La voie de contournement, déjà précaire, est devenue impraticable pour la quasi-totalité des véhicules, isolant des communautés et bloquant le flux des marchandises. Cette situation expose avec acuité la vulnérabilité des infrastructures de transport dans la région, où une seule rupture peut avoir des effets en cascade sur toute une économie locale.
« C’est un pont stratégique pour le trafic des denrées de première nécessité », alerte Daniel Ntumba Tshimanga, coordonnateur de la société civile. Son constat est sans appel : « Une grande partie de ce qui est consommé à Kananga transite par Demba ». Avec le trafic ferroviaire sur l’axe Ilebo-Kananga notoirement capricieux et souvent interrompu, la Route nationale 41 inondée représente la principale alternative pour l’approvisionnement Kasaï Central. Sa fermeture crée donc une crise logistique majeure.
Face à cette rupture, un système D coûteux et lent s’est mis en place. Les fameux « Bayanda », ces transporteurs à vélo résilients, tentent de combler le vide. Cependant, le franchissement de la rivière Katusenga est devenu un parcours du combattant. Les usagers sont contraints de payer un péage informel de 5 000 à 7 000 francs congolais à des jeunes locaux pour passer. Cette taxe de la survie, ajoutée aux délais d’attente interminables – parfois plus de six heures –, agit comme un frein majeur à la circulation des biens.
L’impact économique est déjà tangible sur les marchés de Kananga. La loi de l’offre et de la demande fait son œuvre : le temps de transit explose et les coûts de transport suivent la même courbe. Cette pression sur la chaîne logistique se répercute inévitablement sur les prix des denrées alimentaires, pesant sur le pouvoir d’achat déjà fragile des ménages. L’inondation pont Katusenga n’est donc pas qu’un incident technique ; c’est un choc inflationniste direct pour les consommateurs.
Comment en est-on arrivé là ? Le projet de construction du pont en construction Demba, piloté par l’Office des routes (OR), est à l’arrêt depuis plusieurs semaines, faute de moyens financiers selon les responsables sur place. Cet immobilisme transforme un ouvrage d’avenir en symbole d’abandon, laissant les populations face à une infrastructure temporaire devenue défaillante. L’absence de plan B robuste en cas d’intempéries majeures questionne la résilience des grands chantiers publics.
Face à cette urgence, la société civile lance un appel pressant au gouvernement central. L’enjeu dépasse la simple réparation d’une voie : il s’agit de sécuriser l’approvisionnement de centaines de milliers d’habitants et de redonner de la fluidité à une région entière. Le pont Katusenga est plus qu’un amas de béton ; c’est le maillon faible d’une chaîne économique dont dépend la stabilité sociale. Son achèvement rapide n’est pas un luxe, mais une nécessité impérieuse pour désenclaver le territoire et garantir la libre circulation des personnes et des biens.
Cette crise met en lumière la dépendance critique de Kananga à ses axes routiers. Elle interroge également la planification des grands travaux, souvent lancés sans garantie de financement continu, laissant les populations en plan. La relance des travaux et le déblocage des fonds nécessaires apparaissent comme le seul remède à une situation qui, si elle perdure, pourrait avoir des répercussions économiques et sociales bien plus profondes. L’économie du Kasaï Central peut-elle se permettre une telle paralysie logistique durable ? La réponse des autorités dans les prochains jours sera déterminante.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
