La République démocratique du Congo est à nouveau plongée dans les ténèbres d’un paradoxe énergétique qui dure depuis des décennies. Ce jeudi 21 mai, le député national Jethro Muyombi, élu de Lubumbashi (Haut-Katanga), a décidé de porter la voix de millions de Congolais asphyxiés par les coupures de courant en adressant une question d’actualité à la direction générale de la Société nationale d’électricité (SNEL). Une interpellation qui ressemble à un véritable cri d’alarme. Face à une pénurie d’électricité qui plombe les ménages et étrangle l’économie, l’élu exige des explications claires et des engagements concrets. « Comment expliquer que le pays aux plus grandes réserves hydroélectriques du continent soit incapable d’éclairer ses villes ? » semble avoir lancé le député, rappelant l’urgence d’un sursaut.
Car les chiffres donnent le vertige. Avec un potentiel estimé à plus de 100 000 mégawatts, le fleuve Congo et ses affluents pourraient théoriquement alimenter toute l’Afrique subsaharienne. Pourtant, dans les faits, moins de 3 % de ce gisement est exploité, et le taux d’accès à l’électricité stagne sous la barre des 20 %. Un gouffre entre les ambitions et la réalité qui se traduit par des délestages quotidiens à Kinshasa, Lubumbashi, Goma et dans des dizaines d’autres agglomérations. Les coupures de courant, devenues un triste refrain, asphyxient les petites entreprises, plombent la productivité industrielle et dégradent les conditions d’apprentissage des élèves. « Nous vivons un véritable sabotage économique », confie un opérateur minier sous couvert d’anonymat.
L’initiative du député Muyombi s’inscrit dans le cadre du contrôle parlementaire, un mécanisme prévu par la Constitution pour contraindre les entreprises publiques à rendre des comptes. En interpellant la SNEL, l’élu du Haut-Katanga ne se contente pas de dénoncer ; il cherche à actionner les leviers institutionnels pour forcer la main à une société d’État souvent critiquée pour son opacité et son inertie. Ce n’est pas la première fois que la SNEL est pointée du doigt. Mais cette question orale, avec un calendrier politique chargé, pourrait bien peser davantage. « Le Parlement a le devoir de rappeler que l’électricité est un service public essentiel, pas un luxe », martèle-t-on dans l’entourage du député.
Le secteur énergétique congolais est effectivement à la croisée des chemins. Vétusté des infrastructures, mauvaise gestion, manque d’investissements et fraude massive font figure d’éternels maux. Les barrages d’Inga, vitrine nationale, ne tournent qu’au tiers de leur capacité nominale. La centrale de Nseke, dans le Haut-Katanga, peine à répondre à la demande industrielle, poussant les géants miniers à recourir à des groupes électrogènes coûteux. Résultat : les coûts de production flambent, la compétitivité s’érode et les ménages modestes consacrent une part disproportionnée de leurs revenus à des solutions de secours comme les lampes à pétrole ou les batteries. Un cercle vicieux qui alimente la pauvreté.
Les analystes économiques ne cessent de le répéter : sans une énergie abondante et fiable, le développement de la RDC restera un mirage. Le secteur minier, moteur de la croissance nationale, peut difficilement soutenir ses performances avec un approvisionnement électrique intermittent. De même, l’émergence d’une classe moyenne et la transformation locale des matières premières dépendent directement de la disponibilité du courant. L’économiste Dieudonné Mwamba, spécialiste des questions énergétiques, estime que « chaque heure de délestage coûte plusieurs centaines de milliers de dollars à l’économie en production perdue ». Une hémorragie que le pays ne peut plus se permettre.
Alors, que peut-on espérer de cette interpellation ? Sans doute pas de miracle. Mais en braquant les projecteurs sur la pénurie d’électricité en RDC, Jethro Muyombi rappelle que la crise énergétique est avant tout une crise de gouvernance. La balle est désormais dans le camp de la SNEL, qui devra présenter un plan crédible de sortie de crise. À défaut, le Parlement pourrait user de ses prérogatives pour pousser à une refonte plus radicale du secteur, incluant l’ouverture à des partenariats privés. Pour les Congolais, l’attente d’un courant stable n’est plus simplement synonyme de confort : c’est une question de survie économique. Le temps des excuses est révolu.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
