Le spectre d’un dérapage budgétaire plane sur la République démocratique du Congo. L’alerte, formulée par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC), cible sans détour la masse salariale RDC comme le principal facteur de risque pour la stabilité macroéconomique. Lundi à Kinshasa, le gouvernement a voulu démontrer que ce signal d’alarme était non seulement entendu, mais déjà intégré à une stratégie d’assainissement en profondeur.
Face à la presse, le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a dévoilé un rapport intitulé La Fonction publique en chiffres. Un document à la fois clinique et politique, censé incarner la réponse de l’exécutif aux critiques récurrentes sur le poids excessif des salaire fonction publique dans les finances de l’État. « Nous avons tenu compte des observations du FMI », a martelé le ministre, avant d’énumérer les mesures censées ramener la dépense salariale dans les clous – un plafond idéal fixé à 35 % des recettes internes. L’objectif est de « combattre la pléthore, lutter contre les recrutements fantaisistes et réduire les disparités dans l’octroi des primes ».
Comment expliquer que la facture gonfle alors que le gouvernement assure ne plus recruter ? Le paradoxe n’a échappé ni au FMI, ni au chef de l’État. Félix Tshisekedi a ainsi ordonné un audit de l’état liquidatif de la paie, avec des conclusions promises dans un délai bref. Jean-Pierre Lihau en a confirmé l’imminence : « Bientôt vous aurez le rapport et les recommandations pour nous permettre de revenir à la normalité ». Une transparence affichée qui tranche avec l’opacité souvent reprochée à l’administration congolaise.
Pourtant, les chiffres donnent le vertige. La deuxième revue du programme FEC par le FMI a pointé un dépassement significatif : la masse salariale a grimpé à 39,19 % des recettes internes, portée par des ajustements dans l’éducation, la santé et la justice. Cette progression, qui résulte aussi de régularisations administratives et d’engagements antérieurs, réduit mécaniquement l’espace fiscal indispensable aux dépenses de sécurité et d’investissement. En d’autres termes, chaque centime supplémentaire consacré au salaire d’un agent est un centime retiré aux routes, aux écoles ou à la stabilisation de l’Est. Le risque budgétaire RDC n’est donc plus une abstraction pour les experts, mais une réalité tangible qui pourrait compromettre les fragiles équilibres du cadre FEC.
Les assurances du VPM Lihau s’inscrivent dans cette équation complexe. Il a reconnu l’existence d’une « alerte » interne pour les exercices 2025 et 2026, tout en affirmant que le gouvernement se battait pour faire redescendre la courbe. Reste à savoir si la volonté politique suffira à contrer les inerties d’un système où les dérapages salariaux sont souvent le symptôme de clientélismes croisés. La communauté financière internationale, elle, observe avec attention : chaque trimestre, le maintien du programme FEC dépendra de la capacité de Kinshasa à prouver que la rationalisation des effectifs n’est pas un simple effet d’annonce.
L’audit présidentiel, couplé à la publication du rapport sectoriel, constitue-t-il le tournant tant attendu ? Le gouvernement promet des « données vérifiables », issues de la Banque centrale, du ministère du Budget et de la SEMRAP. Mais au-delà des chiffres, c’est la crédibilité budgétaire de l’État qui est en jeu. Si les doublons, les agents fictifs et les primes discrétionnaires ne sont pas éradiqués, l’objectif des 35 % restera un mirage comptable. La prochaine revue du FMI dira si le remède est à la hauteur de la fièvre salariale congolaise.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
