Les eaux du lac Kivu, ce géant lacustre aux profondeurs chargées de gaz mortels, sont-elles sur le point de devenir le théâtre d’une exploitation à haut risque ? Ce samedi 28 février 2026, une vingtaine de représentants des communautés riveraines ont remis un cahier de charges à la société américaine Symbion Power. Leur exigence est claire et non négociable : une Etude d’Impact Environnemental et Social (EIES) rigoureuse doit précéder tout forage dans le bloc gazier « Makelele ». Cette initiative, soutenue par l’ONG AICED, marque un sursaut citoyen face à un projet énergétique de 700 millions de dollars qui pourrait bien asphyxier l’écosystème du lac.
Le lac Kivu n’est pas un plan d’eau comme les autres. Véritable bombe à retardement naturelle, il contient des concentrations massives de gaz méthane et de dioxyde de carbone dissous dans ses couches profondes. Cette particularité en fait une source d’énergie potentiellement colossale, mais aussi une menace permanente pour les millions d’habitants vivant sur ses rives. L’extraction du gaz méthane du lac Kivu représente donc un pari risqué, où la quête d’électricité ne doit en aucun cas se transformer en course vers le désastre.
Face à l’urgence, les communautés riveraines du lac Kivu refusent de jouer les figurants. Leur cahier de charges, symbolisant des années d’inquiétude et de vigilance, exige de Symbion Power RDC une transparence totale. « Nous rappelons l’obligation de respecter les dispositions légales relatives à l’étude d’impact », a martelé un porte-parole des habitants de Goma. Pour ces populations, la promesse de 140 mégawatts d’électricité, censée stabiliser le réseau de l’Est du pays, ne peut justifier une approche cavalière. La sécurité des familles et la préservation de l’écosystème sont des lignes rouges.
Le projet gazier Makelele, l’un des quatre blocs délimités par Kinshasa, cristallise tous les enjeux. Annoncé en grande pompe en août 2025, il s’inscrit dans des accords économiques régionaux. Mais sur le terrain, la méfiance est palpable. Faustin Nyebone, coordonnateur de l’ONG AICED, insiste : « Il faut des mesures d’atténuation adaptées pour relier les trois piliers du développement durable : l’économie, le social et l’environnement. » Son message est limpide : un développement qui hypothèque l’avenir des générations futures n’en est pas un.
L’exigence d’une étude impact environnemental RDC solide n’est pas une simple formalité administrative. Il s’agit du seul rempart capable d’évaluer les risques réels de perturbation des couches d’eau, de dégazage accidentel, ou de contamination des ressources halieutiques. Le lac Kivu, écosystème unique et fragile, est-il capable de supporter les vibrations des plateformes d’extraction ? Les procédures d’urgence en cas d’incident sont-elles réellement opérationnelles ? Autant de questions auxquelles seule une enquête publique indépendante et exhaustive peut répondre.
La balle est désormais dans le camp de Symbion Power et des autorités congolaises. Les communautés attendent une réponse claire et un engagement ferme à superviser le processus. Le temps des promesses énergétiques floues est révolu. L’heure est à la responsabilité écologique et à la redevabilité sociale. Le lac Kivu, patrimoine naturel en détresse, ne peut se permettre de devenir le symbole d’un progrès aveugle. La vigilance citoyenne, comme celle démontrée ce week-end, constitue le premier barrage contre une exploitation prédatrice. L’équilibre entre énergie et environnement se joue maintenant dans les eaux tumultueuses du Kivu.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
