Un bilan dramatique, qui frappe par son ampleur et sa rapidité, vient d’être révélé dans le Nord-Kivu. Une enquête menée par l’organisation locale « Actions pour la protection civile et le développement » (APCD) dévoile qu’en à peine sept mois, entre février et août 2025, près de 1 000 personnes ont succombé au VIH dans le territoire de Rutshuru. Ce chiffre, issu d’un monitoring terrain qualifié de « terrifiant », signale non pas une simple augmentation, mais une véritable crise sanitaire aiguë en République démocratique du Congo.
Le suivi a couvert cinq zones de santé – Rwanguba, Rutshuru, Binza, Bukombo et Birambizo – et le constat est sans appel. Cette mortalité VIH Nord-Kivu galopante est la conséquence directe d’un système de santé pris en étau entre la violence et l’abandon. Comment une maladie dont la prise en charge est aujourd’hui bien maîtrisée peut-elle redevenir aussi mortelle ? La réponse se niche dans un cocktail explosif de facteurs que l’enquête APCD a méthodiquement listés.
Le premier élément, et le plus lourd de conséquences, est le contexte de conflit armé persistant. Les violences sexuelles, massives et utilisées comme arme de guerre, agissent comme un vecteur de propagation ultra-rapide du virus. Les femmes et les filles, premières victimes de ces exactions, se retrouvent doublement atteintes, physiquement et psychologiquement, sans accès immédiat aux soins post-exposition ou au dépistage.
Vient s’ajouter à cela une rupture dramatique dans la chaîne des soins. La coupure de certaines aides humanitaires, pour des raisons logistiques ou sécuritaires, a privé de nombreux patients de leurs traitements antirétroviraux (ARV). Or, l’interruption de ces médicaments peut entraîner une résistance du virus et une aggravation brutale de l’état de santé. Simultanément, l’accès au dépistage, pierre angulaire de toute lutte efficace contre l’épidémie, est devenu un mirage pour les populations déplacées, vivant dans des camps surpeuplés ou des zones enclavées. Sans diagnostic, pas de traitement possible, et le virus continue sa propagation silencieuse.
Mais l’enquête APCD a révélé une autre faille, tout aussi préoccupante : une méconnaissance criante des gestes de prévention. Une mission de suivi dans les aires de santé de Kako, Kalengera, Rubare et Ruseke a montré que les méthodes de base pour se protéger – comme l’usage correct du préservatif – restent largement ignorées. « Les méthodes de prévention restent un mystère pour les habitants », alerte Innocent Tuyisabe, secrétaire exécutif de l’APCD. Cette lacune en matière de prévention VIH Congo transforme chaque communauté en poudrière sanitaire, où le virus trouve un terrain de propagation idéal.
Face à cette crise sanitaire RDC qui s’annonce comme une bombe à retardement, les acteurs locaux lancent un appel à l’urgence absolue. Ils interpellent le Programme national de lutte contre le Sida (PNLS) et les partenaires internationaux sur trois fronts prioritaires. Premièrement, il est impératif de rétablir de toute urgence les circuits de distribution des médicaments antirétroviraux pour sauver la vie des patients déjà sous traitement. Deuxièmement, il faut organiser des campagnes de dépistage de masse mobiles, capables d’atteindre les populations déplacées dans leurs lieux de regroupement. Enfin, une intensification massive de la sensibilisation communautaire est cruciale pour briser les tabous, diffuser une information claire sur les modes de transmission et de protection, et ainsi couper l’herbe sous le pied du virus.
La situation à VIH Rutshuru est un signal d’alarme pour l’ensemble de la région. Elle rappelle avec force qu’une maladie chronique peut redevenir foudroyante lorsque les systèmes de prévention et de soins s’effondrent. La lutte contre le VIH n’est pas seulement une question de médicaments ; c’est aussi et avant tout une question d’accès, d’information et de sécurité. Sans une réponse coordonnée, rapide et à grande échelle, les sept prochains mois pourraient malheureusement confirmer la sombre prédiction des humanitaires sur le terrain : celle d’une catastrophe humanitaire encore plus grande. La fenêtre d’action pour éviter le pire est étroite, mais elle existe encore.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
