Alors que la capitale congolaise se prépare à une nouvelle vague de mobilisations, le gouvernement tente de jouer les équilibristes entre la pression de la rue et les impératifs diplomatiques. Les manifestations à Kinshasa, annoncées tant par l’opposition que par les partisans du pouvoir, placent les autorités devant un défi de taille : garantir l’ordre public tout en évitant un nouveau fiasco sécuritaire aux abords des représentations étrangères. La récente occupation d’Uvira par la rébellion de l’AFC M23 sert de catalyseur à cette double mobilisation, cristallisant les frustrations nationales et les griefs contre la communauté internationale, perçue comme trop passive.
Face à ces tensions prévisibles, le ministre d’État Guillaume Ngefa s’est employé, devant le corps diplomatique, à dessiner un tableau rassurant. Ses assurances solennelles sur la sécurité des ambassades en RDC résonnent comme une promesse politique à haut risque. « Ce qui s’était produit dans le passé ne se reproduira plus », a-t-il martelé, faisant directement référence aux épisodes chaotiques de janvier 2025. Le pouvoir joue ici sa crédibilité, sachant que tout nouvel incident porterait un coup sévère à sa légitimité et à ses relations avec des partenaires étrangers essentiels.
Mais sur quoi se fonde cette confiance affichée ? Le ministre évoque des dispositions « prises pour canaliser les itinéraires et faire respecter le traité de Vienne ». Une formulation technique qui masque mal la complexité opérationnelle de l’entreprise. Canaliser la colère populaire, née de l’occupation récurrente de territoires comme Uvira par l’AFC M23, est-il simplement une question de plan de circulation et de forces de l’ordre ? La mémoire des incendies devant l’ambassade de France et des tentatives d’intrusion ailleurs impose un lourd passif que les mots ne suffisent pas à effacer.
L’opposition, de son côté, instrumentalise habilement ce contexte sécuritaire délétère pour raviver sa revendication centrale : un dialogue national inclusif. Elle présente ses marches comme une réponse démocratique à l’immobilisme politique et à l’agression extérieure. Le pouvoir, en organisant ses propres contre-manifestations pour « dénoncer l’agression rwandaise », tente de reprendre la main sur le narratif patriotique. Cette surenchère dans la mobilisation streetwise n’est-elle pas le signe d’un dialogue rompu, où la compétition se joue désormais sur le pavé plutôt qu’à la table des négociations ?
Les déclarations de Guillaume Ngefa visent ainsi à circonscrire le champ de bataille. En garantissant la sécurité du périmètre diplomatique, le gouvernement espère isoler la contestation et éviter qu’elle ne se transforme en crise internationale ouverte. Cependant, cette stratégie de confinement des risques ignore-t-elle les causes profondes de la colère ? La frustration liée au conflit dans l’Est et à l’absence de perspective politique crédible reste la poudre qui pourrait enflammer la situation.
En définitive, les prochains jours à Kinshasa serviront de test décisif pour la capacité de l’État à maîtriser son espace public. Les promesses de sécurité pour les ambassades sont un élément crucial de ce test, mais elles ne constituent qu’un volet d’un problème plus vaste. La véritable épreuve pour le pouvoir consistera à démontrer qu’il peut non seulement protéger les enclaves diplomatiques, mais aussi répondre aux attentes de sa population en matière de sécurité territoriale et d’inclusion dans le dialogue national. L’échec sur l’un ou l’autre de ces fronts pourrait fragiliser durablement l’exécutif, pris en tenaille entre les exigences de la diplomatie et les impératives de la rue.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
