Le trajet devient un luxe inaccessible pour les habitants du secteur de Bapere. « Avant, je pouvais me rendre à Butembo pour mes affaires une fois par semaine. Aujourd’hui, avec les nouveaux prix, je dois choisir entre transporter mes produits ou nourrir ma famille », témoigne Jean-Paul, cultivateur désemparé. La flambée des coûts de transport sur l’axe Manguredjipa-Butembo plonge toute une région dans l’isolement et la précarité.
Qui pourrait imaginer payer près de cinq fois le prix normal pour un simple déplacement ? Le billet de transport qui se négociait à 23 000 francs congolais atteint désormais des sommets vertigineux, oscillant entre 75 000 et 100 000 FC. Cette situation dramatique trouve sa source dans l’insécurité grandissante liée aux activités des ADF dans le territoire de Lubero. Les populations, prises entre la peur des attaques et l’urgence de leurs déplacements, n’ont d’autre choix que de se soumettre à cette hausse abusive.
« Comment expliquer à une mère de famille qu’elle doit dépenser l’équivalent de deux semaines de revenus pour emmener son enfant à l’hôpital ? » s’interroge Samuel Kakule Kagheni, président de la société civile des Bapere. Son constat est sans appel : l’insécurité ADF en RDC a transformé la route Butembo-Manguredjipa en un couloir de tous les dangers, où la loi du plus fort s’impose face à la détresse des usagers.
Les taximen-motoristes, souvent pointés du doigt, tentent pourtant de justifier leurs tarifs. « Nous risquons nos vies à chaque voyage », confie l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. « Les barrières illégales se multiplient, la route n’est plus entretenue depuis huit mois, et nous devons souvent faire l’aller-retour sans passagers au retour. Comment survivre dans ces conditions ? »
La route Butembo-Manguredjipa, longue de 100 kilomètres, ressemble aujourd’hui à un champ de bataille abandonné. Les nids-de-poule se transforment en véritables pièges, les éboulements de terre entre Itendi et Kalenguko s’étendent sur dix kilomètres, réduisant la circulation aux seuls vélos et piétons. Pendant ce temps, des tonnes de produits agricoles – riz, manioc, bananes, huile de palme – menacent de pourrir dans les villages, coupés de leurs débouchés commerciaux.
Que font les autorités face à cette paralysie programmée d’une région entière ? La société civile du secteur de Bapere alerte depuis le 3 avril dernier, réclamant en vain l’intervention de l’Office des routes. « Un attributaire a été désigné, les promesses d’entretien ont été faites en janvier, mais sur le terrain, rien n’a changé », déplore Samuel Kakule Kagheni. Les engagements restent lettre morte tandis que la population sombre dans l’isolement.
Les conséquences de cette crise du transport Butembo Manguredjipa dépassent largement le simple cadre des déplacements. L’éducation vacille, avec des enseignants qui ne peuvent plus rejoindre leurs écoles. La santé devient un privilège, les malades renonçant aux soins faute de moyens pour atteindre les centres de santé. L’économie locale s’étiole, les échanges commerciaux réduits à leur plus simple expression.
Face à cette spirale infernale, la société civile Bapere lance un cri d’alarme qui résonne comme un ultime appel au sursaut. « Nous demandons un entretien immédiat de la route et une sécurisation effective de la zone », insiste son président. Jusqu’à quand les habitants devront-ils choisir entre sécurité et survie économique ? La réponse des autorités se fait attendre, tandis que le calvaire des populations du Nord-Kivu continue, jour après jour.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
