À Nairobi et Addis-Abeba, des Congolais du Sud-Kivu se retrouvent prisonniers de papiers qu’ils n’ont pas choisis. Leur crime ? Posséder des documents migratoires M23 émis sous l’occupation rebelle. Depuis le 7 juillet, la décision de la Direction Générale de Migration (DGM) d’interdire ces titres de circulation transforme des voyages ordinaires en cauchemars administratifs.
« Nos membres se sont vus débarquer des avions, bloqués alors qu’ils tentaient simplement de regagner leurs foyers », dénonce le Bureau de coordination de la société civile RDC du Sud-Kivu dans une correspondance urgente adressée aux autorités migratoires. Cette mesure, destinée à affirmer la souveraineté de l’État, frappe surtout les civils des territoires occupés par l’AFC/M23. Comment exiger d’eux des documents officiels quand les bureaux étatiques sont inaccessibles ?
Le drame humain derrière cette décision administrative prend des visages concrets : commerçants bloqués en plein transit, familles séparées, étudiants incapables de rejoindre leurs universités. « Avoir un passeport congolais relève aujourd’hui d’un parcours du combattant », souligne amèrement la société civile. Dans une région où les services publics sont disloqués par la guerre, l’exigence de papiers parfaits devient un privilège de riches.
L’interdiction DGM Sud-Kivu crée une double peine pour ces populations déjà éprouvées. Non seulement elles subissent l’occupation armée, mais elles se voient désormais punies pour avoir utilisé les seuls documents disponibles dans leur zone. Cette mesure ne risque-t-elle pas d’asphyxier davantage l’économie locale en entravant la circulation citoyens RDC ? Les témoignages recueillis par les organisations civiles décrivent des petites entreprises au bord de la faillite, leurs propriétaires coincés à l’étranger avec des marchandises périssables.
« Nous encourageons les mesures de souveraineté, mais elles ne doivent pas ajouter aux souffrances de notre peuple », plaide la coordination de la société civile. Son appel pressant au directeur de la DGM évoque une urgence humanitaire : ces restrictions entravent l’accès aux soins médicaux, aux réunions familiales, et même aux initiatives de paix. Comment construire la réconciliation quand des Congolais sont traités comme des étrangers dans leur propre pays ?
Derrière ce conflit de papiers se cache un dilemme profond de la reconstruction post-conflit. Faut-il sacrifier l’humain sur l’autel de la légalité administrative ? La réponse de la société civile est nuancée mais ferme : la légitimité de l’État se mesure aussi à sa capacité de protéger les plus vulnérables. En attendant une révision de la mesure, des centaines de vies restent suspendues entre deux terminaux d’aéroport, symboles criants d’une guerre dont les civils paient le prix le plus lourd.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
