Dans un contexte marqué par des attentes économiques croissantes, le Chef de l’État congolais a une nouvelle fois secoué le cocotier gouvernemental. Lors de la 27e réunion du Conseil des ministres du 20 décembre 2024, Félix-Antoine Tshisekedi est revenu à la charge sur l’urgence d’opérationnaliser les Ordonnances-loi 22/030 et 31 relatives à l’entrepreneuriat. Un rappel à l’ordre qui sonne comme un aveu : près de deux ans après leur adoption, ces textes phares du PRONADEC peinent toujours à sortir des limbes administratives.
« Il ne s’agit pas simplement d’une priorité économique mais d’un levier stratégique », a martelé le président, déployant une rhétorique où percent l’impatience. Son discours balaie large : emploi des jeunes, souveraineté productive, transformation structurelle… Autant de mantras qui butent sur l’écueil des lenteurs bureaucratiques. Le paradoxe est cruel pour un gouvernement dont la feuille de route entrepreneuriale se veut pourtant alignée sur les Objectifs de développement durable.
Les mesures d’application des ordonnances tardent à voir le jour, bloquant l’accès aux régimes dérogatoires et avantages fiscaux promis. « Un frein à l’émergence d’un écosystème entrepreneurial robuste », déplore le compte-rendu présidentiel. Comment expliquer ce gap entre l’ambition affichée et les réalisations concrètes ? Les observateurs pointent du doigt le millefeuille administratif congolais, mais aussi des rivalités sectorielles dans l’appareil d’État.
Le président a chargé la Première ministre d’opérer une « mobilisation immédiate » pour lever les obstacles techniques. Mission délicate : les ordonnances prévoient un dispositif complexe distinguant entrepreneuriat social et économique, avec des critères d’éligibilité exigeants. « Valoriser les potentialités inestimables du pays » suppose notamment de résoudre l’épineuse question du financement – le serpent de mer des PME congolaises.
Reste que l’urgence est réelle. Avec un taux de chômage avoisinant 25% selon la Banque mondiale, la RDC ne peut plus se permettre de jouer les belles endormies de l’entrepreneuriat. Les startups technologiques kinoises, les coopératives agricoles du Kasaï ou les artisans miniers du Katanga attendent des signaux forts. L’enjeu dépasse la simple création d’entreprises : il s’agit ni plus ni moins de réinventer le modèle économique national.
Le calendrier devient tendu à l’approche de la fin de mandat présidentiel. Tshisekedi, qui fait de l’émergence des classes moyennes entrepreneuriales un marqueur de son quinquennat, peut-il se permettre un nouvel ajournement ? La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Sa capacité à traduire les ordonnances en mécanismes opérationnels constituera un test décisif pour la crédibilité du programme économique du pouvoir.
Au-delà des mesures réglementaires, c’est toute une culture administrative qu’il faut repenser. Les entrepreneurs congolais réclament moins de paperasserie et plus d’accompagnement technique. Les défis sont connus : accès au crédit, formation professionnelle, marchés publics… Autant de chantiers où l’État devra passer du rôle de régulateur à celui de facilitateur.
Dans cette course contre la montre, chaque retard pris creuse le fossé entre les discours présidentiels et la réalité du terrain. L’entrepreneuriat congolais parviendra-t-il à sortir de sa léthargie ? La réponse se jouera dans les prochains mois, au rythme des arrêtés d’application et des arbitrages budgétaires. Gageons que le gouvernement saura relever ce défi – à moins qu’il ne préfère risquer l’ire d’un président déterminé à marquer l’histoire économique du pays.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
