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Crise dans l’Est et fiscalité étouffante : comment le gouvernement Suminwa tente de sauver l’économie congolaise

Kinshasa, 30 avril 2025 – Alors que l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) subit les contrecoups d’une crise sécuritaire persistante, le gouvernement tente de maintenir à flot un secteur privé asphyxié. Ce mercredi, la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a reçu Roger Malumba, président de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), pour évoquer l’urgence d’alléger les contraintes fiscales et de relancer l’activité économique dans les zones en proie à l’instabilité. Un dialogue crucial, alors que des centaines d’entreprises des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont paralysées par l’insécurité.

Un tableau économique en demi-teinte

L’Est du pays, riche en ressources mais fragilisé par des décennies de conflits, voit aujourd’hui son tissu économique se déliter. Selon la FEC, près de 60% des entreprises membres opérant dans ces régions ont réduit leurs activités de moitié depuis 2023, tandis que 25% ont purement cessé leurs opérations. Les causes ? Pillages, occupations illégales de sites et frais fixes insoutenables malgré la chute drastique des revenus. « Certains opérateurs paient toujours des taxes sur des infrastructures détruites ou occupées par des groupes armés », déplore Roger Malumba, évoquant une « double peine » pour ces acteurs économiques.

Fiscalité en crise : le gouvernement face à l’équation impossible

Face à cette hémorragie, le gouvernement Suminwa promet des mesures d’urgence. Parmi les pistes évoquées : un moratoire sur les charges sociales, une exonération temporaire de la taxe professionnelle et un rééchelonnement des dettes fiscales. Ces propositions, bien qu’accueillies avec prudence par le patronat, soulèvent une question centrale : comment concilier soutien aux entreprises et maintien des recettes publiques dans un contexte où le déficit budgétaire atteint déjà 8,7% du PIB ?

« Le climat des affaires en RDC ne peut se résumer à un jeu à somme nulle », analyse Thierry Nkuba, économiste à l’Université de Kinshasa. « Les allègements fiscaux ciblés pourraient paradoxalement stimuler à moyen terme les rentrées fiscales en évitant la faillite en cascade. » Une vision partagée par la FEC, qui rappelle que chaque entreprise sauvegardée représente en moyenne 150 emplois directs préservés.

Réformes structurelles : entre promesses et scepticisme

Au-delà des mesures conjoncturelles, le gouvernement mise sur une refonte en profondeur du code des investissements. Objectif affiché : hisser la RDC dans le top 100 du classement Doing Business de la Banque mondiale, alors que le pays stagne actuellement à la 183e place. Parmi les innovations attendues : la dématérialisation des procédures administratives, la création de tribunaux de commerce spécialisés et un mécanisme de garantie des risques politiques pour les investisseurs étrangers.

Mais ces annonces peinent à convaincre totalement. « Les réformes peinent à sortir des tiroirs depuis des années », tempête une source anonyme au sein de la FEC. « Ce qu’il nous faut, c’est une application stricte des textes existants plutôt que de nouvelles lois. » Un avis que semble partager la Première Ministre, ayant exigé à ses services un calendrier contraignant de mise en œuvre.

L’Est congolais : épicentre d’une crise aux multiples facettes

La situation dans les Kivus illustre cruellement l’imbrication entre sécurité et développement économique. Avec seulement 34% des entreprises encore en activité normale dans la région selon les chiffres de la Banque centrale, l’effondrement économique alimente un cercle vicieux : chômage massif, exode rural accru et recrutement facilité pour les groupes armés. « Sans réponse économique crédible, toute solution militaire restera incomplète », insiste un consultant international sous couvert d’anonymat.

Perspectives : un plan de sauvetage à haut risque

Le gouvernement promet des solutions concrètes sous quinze jours pour les entreprises de l’Est. Si le calendrier semble ambitieux, les enjeux dépassent largement le cadre économique. Il s’agit ni plus ni moins de préserver l’unité nationale en évitant que deux vitesses économiques ne se créent entre les régions stables et celles en crise.

Pour y parvenir, le FMI préconise dans son dernier rapport un plan d’aide d’urgence de 200 millions de dollars, assorti de conditionnalités strictes en matière de gouvernance. Une manne qui pourrait soulager temporairement le Trésor public, mais qui ne résoudra pas le mal structurel : la dépendance excessive du budget aux secteurs miniers, eux-mêmes exposés aux fluctuations des cours mondiaux.

Alors que la RDC affiche officiellement une croissance de 6,1% pour 2024, ces chiffres masquent une réalité contrastée. Le défi pour Judith Suminwa sera de transformer l’essai des discussions avec le patronat en actions tangibles. Car dans cette course contre la montre économique, chaque jour perdu creuse un peu plus le fossé entre les promesses de stabilité et les réalités du terrain.

Article Ecrit par Amissi G
Source: primature.grouv.cd

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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