Dans un contexte de transition politique marquée par l’attente de l’installation d’un nouveau gouvernement provincial, l’Assemblée provinciale du Kwilu vient de durcir le contrôle sur les finances publiques. Une décision sans précédent exige désormais une autorisation préalable de l’organe délibérant pour toute opération de retrait des fonds provinciaux, selon une directive envoyée à l’ensemble des banques commerciales et institutions financières de la région.
Ce verrou institutionnel, activé le temps de la période transitoire, s’accompagne d’une autre mesure choc : l’interdiction formelle des paiements manuels d’impôts et taxes par les sociétés brassicoles et de télécommunications. Un double dispositif présenté comme un « bouclier antifraude » par le Rapporteur de l’Assemblée, Désiré Iyemvela. « La lettre vient garantir la protection des fonds. […] Nous sommes dans une période transitoire, l’exécutif sortant doit se référer à l’Assemblée provinciale avant toute dépense », a-t-il expliqué.
Cette offensive réglementaire intervient dans un contexte budgétaire tendu, où les recettes provinciales du Kwilu – estimées à plusieurs millions de dollars annuels – représentent un enjeu crucial. Les flux financiers issus du secteur privé, particulièrement dynamique dans les télécoms et la brasserie, constituent l’un des piliers de l’économie locale. En 2022, ces deux secteurs avaient contribué à hauteur de 38% aux rentrées fiscales provinciales selon les chiffres du ministère des Finances.
Les analystes y voient une reconfiguration des équilibres de pouvoir. « L’Assemblée provincialeprend acte du vide institutionnel créé par la fin de mandat de l’exécutif sortant », décrypte un économiste basé à Kinshasa sous couvert d’anonymat. Cette mainmise sur la trésorerie provinciale pourrait préfigurer des tensions latentes entre l’ancienne et la nouvelle majorité, alors que le processus de renouvellement des institutions atteint son point culminant.
La situation actuelle trouve ses racines dans le calendrier électoral provincial. Après l’élection du nouveau gouverneur en avril 2024 et la mise en place du bureau définitif de l’Assemblée en mars, la province attend toujours l’ordonnance présidentielle qui officialisera l’entrée en fonction du nouvel exécutif. Un entre-deux politique que l’Assemblée semble vouloir combler par un rôle de garde-fou financier.
Quelles conséquences concrètes attendre de ce coup de semonce réglementaire ? D’abord, un ralentissement temporaire des dépenses publiques, les services provinciaux devant désormais soumettre chaque demande de paiement à l’aval des députés. Ensuite, une modernisation forcée des recettes fiscales : en canalisant les paiements vers des circuits bancaires traçables, le Kwilu espère réduire les 10 à 15% de pertes annuelles attribuées aux pratiques informelles selon la Banque centrale du Congo.
Reste à savoir comment réagiront les principaux contributeurs fiscaux visés. Les géants des télécoms et de la brasserie, habitués à des mécanismes de paiement hybrides, devront adapter leurs process comptables. Une transition qui pourrait temporairement affecter leur trésorerie opérationnelle dans la province.
À l’heure où plusieurs provinces congolaises peinent à maîtriser leur gouvernance financière, le Kwilu tente donc d’écrire une nouvelle page de sa gestion publique. Si ces mesures transitoires deviennent pérennes, elles pourraient inspirer d’autres entités décentralisées. Mais leur succès dépendra surtout de la capacité des nouvelles autorités, une fois installées, à trouver un équilibre entre contrôle démocratique et efficacité administrative.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
