La question, posée avec insistance par le député Jethro Muyombi, a mis en lumière une vérité que des millions de Congolais vivent au quotidien : pourquoi le pays, avec son immense potentiel hydroélectrique, reste-t-il plongé dans l’obscurité de manière répétée ? La réponse du directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), Teddy Lwamba, devant l’Assemblée nationale, a levé le voile sur un mal plus profond que de simples pannes techniques.
Selon le patron de la SNEL, l’origine des coupures d’électricité en RDC qui asphyxient Kinshasa, le Haut-Katanga et plusieurs autres provinces, trouve sa source dans un déficit énergétique devenu structurel. « Le parc productif n’arrive pas à satisfaire la demande », a-t-il reconnu, dressant un tableau où l’offre est irrémédiablement distancée par une consommation galopante, boostée notamment par le secteur minier. La libéralisation de ce secteur, intervenue en 1997, a provoqué un appel d’air massif. Quand celle de l’électricité a suivi, dix-sept ans plus tard, un écart abyssal s’était déjà creusé : près de 5 000 mégawatts de besoins en grande consommation, contre une production électrique qui peine à suivre, laissant un gouffre de 2 500 MW à combler. Le pays, qui exportait autrefois son électricité, voit désormais la tendance s’inverser.
C’est là que le cadre légal entre en scène, non pas comme une solution, mais comme un véritable carcan. La loi sur l’électricité en RDC, y compris dans sa version révisée, impose aux investisseurs privés désireux de construire de nouvelles centrales hydroélectriques de se plier aux règles des marchés publics. Concrètement, toute concession de production doit passer par un processus de mise en concurrence et de publicité. Si cette exigence peut sembler vertueuse sur le papier, Teddy Lwamba en a souligné l’effet pervers : « L’État n’a pas mis suffisamment de moyens ; les investisseurs engagent leurs propres fonds, des millions, en amont, puis se heurtent à l’obligation de concourir contre des offres concurrentes, y compris celles d’acteurs qui n’ont rien déboursé. » Un non-sens économique qui dissuade les capitaux, paralyse le développement de nouvelles capacités et entretient le cercle vicieux du déficit énergétique.
Comment s’étonner, dès lors, que les coupures d’électricité en RDC persistent et s’aggravent ? La SNEL se trouve prise en tenaille entre une demande exponentielle et un arsenal juridique qui bride l’émergence d’une offre privée complémentaire. Les coupures ne sont plus de simples désagréments ; elles deviennent un frein à la compétitivité, un impôt caché sur l’activité des entreprises et une épreuve pour les ménages. Chaque heure sans courant coûte des points de croissance et obscurcit un peu plus les perspectives de développement.
La plénière a donc révélé un blocage que les mots du directeur général ont rendu palpable : sans une réforme courageuse de la loi sur l’électricité, qui distingue les investissements stratégiques en production des marchés traditionnels de fournitures, les méga-watts resteront prisonniers des textes, et les Congolais continueront de subir le noir. La question n’est plus seulement énergétique, elle est devenue existentielle pour l’économie nationale.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
