Le gouvernement provincial Kasaï-Central a connu une nouvelle physionomie ce samedi 9 mai. Par un arrêté lu à Kananga, le gouverneur Joseph-Moïse Kambulu a annoncé un remaniement de son exécutif, réduit à dix membres – dont une seule femme – et marqué par l’arrivée de trois nouveaux ministres. Ce coup de balai, s’il conforte quelques fidèles, traduit aussi une volonté d’imprimer un nouveau cap, ou du moins d’afficher un renouvellement de façade à mi-parcours.
Parmi les entrants, Fiston Tshiela Kalala hérite du lourd portefeuille des Transports, Voies de communication et Désenclavement, un secteur névralgique dans cette province au relief accidenté où l’évacuation des produits agricoles reste un casse-tête. Honoré Jukayi Wamfuananganayi Kalamba s’installe à la Jeunesse, Sports, Entrepreneuriat et Tourisme, un ministère qui pourrait servir de laboratoire à une politique de création d’emplois, mais dont les maigres budgets ont souvent réduit les ambitions à des effets d’annonce. Enfin, Kamay Kasonga prend les rênes de l’Intérieur, des Affaires coutumières, de la Justice, des Droits humains et des Relations avec l’Assemblée provinciale, un périmètre ultra-sensible où la gestion des conflits fonciers et des tensions coutumières se télescope avec le dialogue institutionnel. Le choix de ces trois personnalités n’est pas anodin : il pourrait refléter une tentative de Kambulu de verrouiller des secteurs stratégiques tout en donnant des gages à des forces politiques émergentes ou à des équilibres internes. Mais s’agit-il d’une véritable refonte ou d’un simple réaménagement cosmétique ?
Car les anciens restent majoritaires. Pierrot Mutela Mukendi conserve le Plan, le Budget, la Fonction publique, la Communication et les Médias, et demeure porte-parole. Crispin Kenkenyi Mawanga garde la haute main sur les Finances, l’Économie, le Commerce et l’Industrie ; Toto Kabuayi Kabongo sur l’Agriculture et l’Environnement ; Antoine Ntambue Ntambue sur les Mines et Hydrocarbures. Bampende Banakayi Marie, seule femme de l’attelage, reste aux Affaires sociales et Actions humanitaires. Honoré Mutshipayi Balowe, lui, hérite d’un conglomérat social (Éducation, Santé, Formation professionnelle, Hygiène, Prévoyance sociale) tandis que Jacques Shikayi Shikayi chapeaute Infrastructures, Travaux publics et Affaires foncières. Cette stabilité relative suggère que le chef de l’exécutif provincial a choisi de ne pas tout casser : il mise sur la continuité pour ne pas gripper une machine déjà ralentie par d’innombrables défis infrastructurels et financiers.
La lecture politique de ce remaniement au Kasaï-Central est riche d’enseignements. En maintenant à flot des piliers comme les Finances ou le Plan, Joseph-Moïse Kambulu évite de se mettre à dos des alliés de poids, tandis que l’infusion de sang neuf dans des ministères-clés (Intérieur et Transports) lui permet de revendiquer un coup de jeune. On peut y déceler une stratégie de recentrage : le gouverneur joue gros avec cette réforme, dont l’échec pourrait fragiliser durablement sa majorité à l’Assemblée provinciale. En effet, la pression est forte pour livrer des résultats tangibles avant la fin de son mandat, dans un contexte de tensions socio-économiques exacerbées par la cherté de la vie et la dégradation des routes.
La question de la représentativité reste posée. Avec une seule femme sur dix portefeuilles, ce gouvernement provincial contrevient aux discours volontaristes sur la parité. Est-ce le signe d’un vivier féminin insuffisamment promu ou d’une indifférence calculée ? Le débat agitera sans doute la société civile locale. Reste que l’essentiel, pour les administrés, se jouera sur le terrain. Les portefeuilles ministériels Kasaï-Central, désormais attribués, doivent se traduire en actes : désenclaver les zones rurales, créer des emplois pour une jeunesse désœuvrée, pacifier les conflits coutumiers. Les nouveaux ministres Kasaï-Central n’auront que peu de temps pour convaincre. À défaut, ce remaniement risque d’apparaître comme un simple jeu de chaises musicales dans un orchestre qui joue toujours la même partition.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
