Les coupures récurrentes d’électricité qui paralysent Kinshasa, le Haut-Katanga et plusieurs provinces de la RDC ne sont pas qu’une fatalité technique. Elles révèlent surtout un nœud gordien juridique et économique que le directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, a dénoué sans détour devant les députés nationaux, le vendredi 8 mai dernier. Répondant à une question d’actualité du député Jethro Muyombi, le patron de la société nationale d’électricité a dressé un diagnostic sans concession : la flambée de la demande, surtout minière, se heurte à un carcan légal qui décourage les investisseurs privés indispensables pour combler le gouffre énergétique.
Le chiffre asséné par Teddy Lwamba donne le vertige. La grande consommation – essentiellement tirée par les mines – réclame aujourd’hui 5 000 mégawatts (MW), alors que le parc productif national plafonne bien en deçà. « Nous avons un gap de presque 2 500 mégawatts de besoins supplémentaires, qui inverse déjà la tendance à l’exportation », a-t-il expliqué. En d’autres termes, le pays ne parvient même plus à honorer ses engagements régionaux d’exportation, absorbé par son propre déficit. Comment expliquer un tel fossé, alors que la RDC possède l’un des plus grands potentiels hydroélectriques au monde ?
La réponse tient en partie dans une chronologie malheureuse, rappelée par le directeur général de la SNEL. « On libéralise le secteur de l’électricité en 2014, 17 ans après avoir libéralisé le secteur minier. Le gap se crée », a-t-il souligné. Ce décalage historique a permis aux opérateurs miniers de déployer des capacités d’extraction sans que l’offre électrique ne suive la même courbe. Aujourd’hui, le serpent de la demande se mord la queue d’une production restée sous perfusion d’investissements insuffisants.
Mais plus que le calendrier, c’est le cadre légal qui, selon la SNEL, verrouille toute issue rapide. Teddy Lwamba a pointé la loi sur l’électricité en RDC, même après sa révision, comme un obstacle majeur. « Tout investisseur privé qui veut investir pour avoir une concession et développer une centrale hydroélectrique devait respecter les règles des marchés publics. Les règles des marchés publics invitent à quoi ? À la concurrence, à la publicité », a-t-il détaillé. Un paradoxe étouffant : un promoteur qui engage ses propres fonds pour étudier, dimensionner et sécuriser un projet se trouve contraint, au moment d’obtenir la concession, de passer par une mise en concurrence où son investissement initial n’est pas protégé. « Ils ont investi des millions en amont… », a poursuivi le directeur, laissant entendre que cette insécurité juridique a gelé de nombreux projets.
Cette situation aggrave mécaniquement les coupures d’électricité en RDC, que les ménages comme les entreprises subissent quotidiennement. La Gombe, siège des institutions, n’échappe pas aux délestages, symbole d’un déficit énergétique RDC qui frappe au cœur même du pouvoir. À l’échelle nationale, les effets économiques sont colossaux : activité industrielle bridée, services publics asphyxiés, compétitivité minière menacée. La SNEL se retrouve prise en étau entre une obligation de résultat et un environnement d’investissement qui neutralise les initiatives privées nécessaires pour porter la capacité installée à la hauteur des ambitions affichées.
Alors, comment sortir de ce piège ? Teddy Lwamba n’a pas caché son scepticisme quant à la simple révision de la loi, estimant qu’elle « n’apporte pas de grandes solutions » si l’on ne crée pas un régime dérogatoire intelligent pour les projets électriques structurants. L’enjeu dépasse le simple confort des Kinois : il s’agit de la capacité du pays à transformer son cuivre, son cobalt et son lithium dans des conditions compétitives, et donc de retenir la valeur ajoutée sur place. Une question de souveraineté économique, en somme.
La déclaration du directeur général de la SNEL, Teddy Lwamba, devant la représentation nationale, constitue bien plus qu’un simple état des lieux. Elle met en lumière un conflit normatif qui, tant qu’il ne sera pas résolu, maintiendra la RDC dans l’obscurité intermittente d’une croissance contrariée. Aux parlementaires désormais de prendre la mesure de ce verrou législatif que leur question d’actualité a mis en évidence.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
