Dans la province du Kasaï-Oriental, une lueur d’espoir se dessine pour les enfants nés avec une fente labio-palatine, cette malformation souvent surnommée « bec de lièvre ». Imaginez un puzzle dont les pièces buccales ne s’assemblent pas complètement à la naissance, laissant une ouverture perturbant l’alimentation, la parole et parfois même la respiration. Depuis jeudi dernier, plus de quarante patients, majoritairement des enfants, ont retrouvé un sourire harmonieux grâce à une campagne de chirurgie réparatrice gratuite à la clinique universitaire de Mbuji-Mayi. Une initiative portée par l’Université officielle de la ville, l’ONG canadienne Smile Train et l’organisation Help.
Mais pourquoi cette malformation, touchant environ 1 naissance sur 600 à 800 en Afrique subsaharienne selon l’OMS, reste-t-elle un défi si complexe ? Sans intervention chirurgicale, les risques de malnutrition, d’infections respiratoires et de stigmatisation sociale grèvent l’avenir des enfants. Le docteur Luc Malemo, de l’ONG Help, insiste : « La fermeture précoce de la fente permet non seulement de restaurer les fonctions vitales, mais aussi d’éviter l’exclusion. »
Un modèle qui passe du ponctuel au pérenne
La véritable innovation de cette campagne réside dans sa durabilité. « Nous ne voulons plus de solutions éphémères », affirme le Dr Malemo. Grâce à la formation de chirurgiens locaux, les interventions deviendront régulières dans la province. Une avancée majeure dans un pays où l’accès aux spécialistes reste limité, en particulier dans les zones rurales. Les équipes médicales ont d’ailleurs opéré des patients venus des territoires reculés du Kasaï-Oriental et de la Lomami, preuve d’un maillage sanitaire en expansion.
Kit alimentaire et transport pris en charge : un accompagnement global
L’approche holistique séduit. Chaque bénéficiaire reçoit un kit alimentaire pour optimiser sa récupération postopératoire, tandis que Smile Train assume intégralement les frais de transport. Mukuna Matungulu, père d’un enfant opéré, témoigne : « Quand j’ai entendu l’annonce radio, je doutais. Aujourd’hui, mon fils mange normalement et nous n’avons rien déboursé. » Un soulagement pour des familles souvent confrontées à l’arbitraire des frais médicaux informels.
Vingt sourires en attente, des milliers d’autres à venir
Avec près de vingt opérations prévues d’ici mardi, la clinique universitaires’apprête à clôturer cette phase en apothéose. Mais contrairement aux éditions précédentes, ce n’est qu’un début. Le Dr Malemo le confirme : « Notre objectif est de créer un centre de référence régional. » Une ambition alignée avec les besoins : l’hôpital général de Mbuji-Mayi rapporte avoir reçu 137 cas de fentes labiales non traitées rien qu’en 2023.
Reste une question cruciale : comment sensibiliser les communautés les plus isolées ? Les campagnes radiophoniques ont montré leur efficacité, mais les organisations comptent intensifier les partenariats avec les relais communautaires. Car derrière chaque chirurgie, c’est une chaîne de solidarité internationale et locale qui s’active – un modèle à dupliquer pour d’autres pathologies négligées en RDC.
Alors que le soleil se couche sur Mbuji-Mayi, des rires d’enfants résonnent dans les couloirs de la clinique. Leur visage pansé, ils ignorent encore que leur vie vient de bifurquer vers un avenir où le regard des autres ne sera plus une prison. Et si cette collaboration université-ONG esquissait les contours d’un système de santé plus résilient ?
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
