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Alerte rouge au Nord-Kivu : plus de 80 décès maternels déjà enregistrés en 2026

Imaginez un compte à rebours silencieux, où chaque tic-tac représente une vie qui s’éteint. Au Nord-Kivu, province de l’Est de la République démocratique du Congo, ce compte à rebours a déjà atteint le chiffre alarmant de 84 décès maternels depuis le début de l’année 2026. L’Ordre des sages-femmes du Nord-Kivu a choisi la Journée mondiale de la sage-femme, le 5 mai dernier, pour lancer un cri d’alarme : derrière ces statistiques, ce sont des mères, des épouses et des piliers de communautés entières qui disparaissent, souvent de causes qui auraient pu être évitées.

La surveillance épidémiologique, menée sur les 16 premières semaines de l’année à travers les 34 zones de santé de la province, dresse un portrait brutal de la mortalité maternelle en 2026. « Chaque perte est un traumatisme qui dépasse le cadre familial », a souligné Perle Birahi Ruzuba, secrétaire provinciale de l’Ordre. Et il a raison d’insister sur l’onde de choc. Une mère qui meurt en couches, c’est un nouveau-né privé de l’allaitement et des soins vitaux, des orphelins dont l’avenir scolaire et affectif est compromis, et une économie domestique qui s’effondre. L’objectif de « zéro décès maternel de cause évitable », pourtant affiché par les programmes de santé publique, semble aujourd’hui un mirage lointain dans cette région en proie à une insécurité sanitaire chronique.

Alors, qu’est-ce qui transforme une grossesse, un événement physiologique naturel, en un drame mortel au Nord-Kivu ? La réponse est un cocktail explosif de facteurs que les professionnelles de santé résument en un mot : l’enclavement. Ce dernier n’est pas seulement géographique, il est d’abord sécuritaire. Les conflits armés qui déchirent la province bloquent littéralement l’accès aux centres de santé équipés. Une femme en travail dystocique, nécessitant une césarienne d’urgence, peut se retrouver prisonnière des combats, sans possibilité de transfert. Les mouvements massifs de populations déplacées compliquent davantage le suivi prénatal, pourtant essentiel pour dépister les grossesses à risque. Et que dire de l’état catastrophique des routes ? Ces voies de communication défoncées ne sont plus des chemins de vie, mais des pièges mortels où chaque minute perdue dans le transfert d’une urgence obstétricale peut être fatale.

Mais l’iceberg a une partie immergée, moins visible mais tout aussi critique : la condition même des sages-femmes. La sage-femme alerte ne porte pas seulement sur les patientes, mais aussi sur celles qui sont censées les sauver. Le plaidoyer de la sage-femme est sans équivoque : comment sauver des vies quand ceux qui en ont la compétence sont laissés sur le bord de la route ? Sur les 700 membres que compte l’Ordre provincial, plus de la moitié sont actuellement sans emploi. Elles sont pourtant formées, compétentes, prêtes à intervenir. Et parmi celles qui exercent, souvent dans des conditions précaires, seule une infime minorité perçoit une rémunération de l’État. Ce paradoxe est criant : on déplore 84 décès maternels au Nord-Kivu, et dans le même temps, des centaines de professionnelles capables de les éviter restent inemployées. C’est comme disposer d’une armée de pompiers en pleine saison sèche, mais les laisser à la caserne sans eau ni camion.

L’Ordre exige donc une meilleure prise en charge par le gouvernement, non pas comme une faveur, mais comme un investissement stratégique. Garantir un accompagnement digne et sécurisé pour chaque femme, avant, pendant et après l’accouchement, passe par le recrutement et la rémunération de ces sages-femmes. Il s’agit de créer un maillage sanitaire résilient, capable de faire face aux défis de l’insécurité. Ce plaidoyer résonne comme une question vitale pour l’avenir de toute une province. Tant que les couloirs de la mort que sont devenues certaines routes du Nord-Kivu ne seront pas sécurisés par la présence de personnel qualifié et d’infrastructures mobiles, le triste bilan continuera de s’alourdir, un numéro après l’autre.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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