Depuis des années, Jean-Paul, cultivateur dans le territoire de Djugu, vit avec la peur au ventre. Chaque nuit, le bruit des armes à feu résonne dans son village, le forçant à fuir avec sa famille pour la énième fois. « Nous sommes fatigués de courir. Nous voulons juste retrouver nos champs et vivre en paix », confie-t-il, la voix tremblante d’émotion. Comme lui, des milliers de civils en Ituri sont pris au piège d’une violence persistante qui a déplacé des communautés entières. Mais aujourd’hui, une lueur d’espoir se profile à l’horizon, portée par un engagement international sans précédent.
Ce 10 mars 2026 à Kinshasa, le système des Nations unies et l’Équipe Europe, « Team Europe », ont publié un communiqué conjoint scellant leur volonté de renforcer la protection des civils en Ituri. Cet engagement coïncide avec un moment crucial pour la province, qui se dote d’une nouvelle feuille de route ambitieuse pour sortir de la crise humanitaire qui la ronge. Deux missions de haut niveau ont séjourné à Bunia du 2 au 6 mars 2026, en marge de la présentation de la toute première « Stratégie provinciale des Solutions Durables en Ituri (2026–2030) ». Portée par le gouverneur militaire, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, cette initiative vise à transformer radicalement le visage d’une région meurtrie.
Malgré un contexte sécuritaire encore volatile, marqué par l’activisme des groupes armés et des déplacements massifs, les partenaires internationaux perçoivent des « fenêtres d’opportunité ». Selon le communiqué, l’Ituri présente aujourd’hui de réelles chances de stabilisation et de retour pour les déplacés dans certaines zones sécurisées. La stratégie quinquennale ambitionne de bâtir une « province résiliente, inclusive et pacifiée ». Au cœur de ce projet : la volonté de permettre aux déplacés internes, aux retournés, et aux communautés hôtes de vivre dans la dignité et la sécurité. Il ne s’agit plus seulement d’apporter une aide d’urgence, mais de mettre en œuvre des solutions durables intégrées pour garantir une prospérité à long terme.
Cette dynamique, soutenue par l’ONU et l’UE, repose sur une convergence entre quatre piliers essentiels : la construction de la paix, la stabilisation, la protection des civils et le développement durable. L’idée force est de s’attaquer enfin aux causes structurelles des besoins humanitaires, en dépassant le simple stade de la réponse aux symptômes de la guerre. Les partenaires espèrent ainsi accompagner l’Ituri sur une voie irréversible de résilience, loin de la dépendance à l’assistance chronique. Mais comment garantir que ces bonnes intentions se traduisent par des actions concrètes sur le terrain ? La question reste entière, tant les défis sont immenses.
Les habitants de l’Ituri, comme Jean-Paul, attendent plus que des promesses. Ils réclament une sécurité tangible, un accès aux services de base, et des opportunités économiques. La stratégie provinciale Ituri 2026-2030 devra prouver son efficacité en réduisant les violences et en favorisant le retour volontaire des déplacés. Le partenariat ONU UE Ituri est crucial, mais il doit s’inscrire dans une approche inclusive, associant les autorités locales, la société civile et les communautés affectées. Sans une appropriation locale, les solutions durables risquent de rester lettre morte. Comment éviter que ce plan ne devienne un énième document oublié dans les tiroirs ? L’implication des populations est la clé.
L’enjeu dépasse largement la province de l’Ituri. Il s’agit de tester un modèle de sortie de crise qui pourrait inspirer d’autres régions en proie à des conflits prolongés. La réussite de cette initiative pourrait marquer un tournant dans la manière dont la communauté internationale aborde les crises humanitaires en Afrique, en privilégiant le développement à long terme plutôt que l’urgence. Pour les civils de l’Ituri, c’est peut-être le début d’un chemin vers la paix et la stabilité, mais le parcours sera long et semé d’embûches. Une chose est sûre : les yeux sont désormais rivés sur Bunia, où se joue une partie décisive pour l’avenir de toute une région. La protection des civils n’est plus seulement un vœu pieux, mais un engagement scellé par l’ONU et l’UE, porteur d’espoir et de défis.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
