À Kongolo, la colère gronde. Vendredi dernier, des centaines de jeunes ont envahi les rues, accompagnés d’une fanfare, pour dire non à la délocalisation du Centre d’adaptation et de production de semences améliorées (CAPSA). Un cri d’alarme qui résonne comme un avertissement pour les autorités. Derrière les slogans et les banderoles, c’est toute une communauté qui exprime sa peur de voir disparaître un pilier économique et agricole.
La décision du ministre national de l’Agriculture, annoncée à l’Assemblée nationale, prévoit de transférer le CAPSA de Kongolo vers le territoire de Moba, dans la province du Tanganyika. Motif officiel : l’impraticabilité des routes à Kongolo. Une explication qui fait bondir les manifestants. « Incompréhensible et inacceptable », scandent-ils. Pour eux, ce n’est pas une simple question de logistique, mais une mise à mort programmée d’un territoire déjà fragilisé par le manque d’emplois et d’investissements.
Pourtant, Kongolo n’est pas un terrain agricole comme les autres. Depuis 1942, le CAPSA y est implanté, fruit d’un travail colonial puis congolais. Situé à une trentaine de kilomètres du centre-ville, le site abrite non seulement des infrastructures de production de semences, mais aussi l’Institut technique agricole et l’Institut supérieur agronomique. C’est un écosystème complet qui forme des générations d’agronomes et fournit des semences améliorées à plusieurs provinces. « Kongolo est un grenier agricole depuis la nuit des temps », insiste Sharlant Katongola, président des jeunes conscients de Kongolo, dans un mémorandum lu devant l’administrateur du territoire. « Il a nourri le Grand Kasaï, le Grand Katanga et bien au-delà. »
Comment justifier aujourd’hui de délocaliser un centre historique, opérationnel depuis plus de 80 ans, vers un site inexistant à Moba ? Les jeunes manifestants ne comprennent pas. Ils craignent un gaspillage de patrimoine, une perte de savoir-faire et un appauvrissement massif. « Nous demandons votre descente sur terrain afin d’apprécier l’état des infrastructures existantes », lance Sharlant Katongola. Une invitation que les autorités devraient prendre au sérieux, alors que les routes de Kongolo ne seraient pas si impraticables qu’on le dit.
Cette manifestation n’est pas un simple accès de colère. C’est le reflet d’une angoisse plus large : celle d’un territoire qui se sent oublié par l’État. Kongolo, pourtant riche en potentiel agricole, souffre d’un manque chronique d’investissements. La délocalisation du CAPSA serait un nouveau coup dur, après la fermeture de projets comme ESTAGRICO ou GENAGRO. Que deviendront les centaines d’emplois directs et indirects liés au centre ? Et les milliers de producteurs qui dépendent de ses semences améliorées pour nourrir leurs familles et approvisionner les marchés ?
Au-delà de la question locale, c’est tout le modèle de développement agricole de la RDC qui est en jeu. Le CAPSA de Kongolo n’est pas qu’une simple unité de production : c’est un symbole de résilience et d’autosuffisance alimentaire. Le déplacer sans alternatives crédibles reviendrait à fragiliser la sécurité alimentaire de toute une région. Les jeunes de Kongolo le disent haut et fort : « Une délocalisation signifierait un gaspillage d’un patrimoine historique. »
Alors que le ministre provincial de l’Agriculture du Tanganyika reste injoignable, la tension monte. Les manifestants attendent une réponse claire et, surtout, une visite sur le terrain. Car, comme ils le rappellent, « Kongolo a besoin d’emplois et d’investissements », pas d’un abandon déguisé en réforme.
Cette mobilisation citoyenne pose une question de fond : jusqu’où l’État est-il prêt à aller pour préserver les pôles de développement existants, plutôt que de tout miser sur des promesses ? À Kongolo, la réponse est attendue avec impatience. En attendant, les semences agricoles continuent de germer sur cette terre fertile, mais l’avenir du CAPSA reste suspendu à un fil politique.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
