Sur les collines verdoyantes de Bukavu, baignées par les eaux bleutées du lac Kivu, un nouveau souffle culturel s’élève. Du 9 au 15 mars, la capitale du Sud-Kivu vibre au rythme de la première édition du festival Binti Shujaa, une création de l’humoriste Irène Ziyiruka. Cette initiative, soutenue par la Coopération suisse en RDC, dessine les contours d’une scène artistique résolument féminine, où courage et créativité s’entremêlent pour écrire une nouvelle page de l’histoire culturelle congolaise.
Quelle alchimie se produit lorsque onze talents féminins se rassemblent pour une semaine de célébration ? La programmation du festival Binti Shujaa répond par une mosaïque d’expressions : six humoristes, deux chanteuses, deux slameuses et une comédienne partageront la scène. Deux groupes artistiques, dont un ensemble de danseuses et d’instrumentistes, viendront enrichir cette symphonie de talents. Chaque performance promet d’être un témoignage vibrant de la diversité et de la puissance créative des femmes de Bukavu et au-delà.
« C’est un événement culturel qui met à l’honneur la femme dans sa créativité artistique et entrepreneuriale », explique Irène Ziyiruka, l’initiatrice dont la vision a donné vie au projet. Dans sa voix, on perçoit la conviction de celle qui croit en la nécessité de plateformes dédiées. « Le nom Binti Shujaa, qui signifie femme vaillante ou femme courageuse, symbolise la force et la résilience des femmes de notre société. À travers ce festival, nous voulons offrir une plateforme d’expression, de visibilité et d’opportunités aux femmes artistes et entrepreneures. » Cette philosophie guide chaque aspect du festival, transformant la scène en un espace de reconnaissance et d’émancipation.
Comment mesurer l’impact d’un tel rassemblement sur la communauté ? La Coopération suisse, partenaire clé, y voit une initiative « originale » et salue le courage de ses fondatrices. Constance de Planta, chargée des programmes, a souligné lors du lancement : « Cette initiative est le fruit du courage d’une personne qui a su faire face à de nombreux obstacles et défis. Pour cela, la Coopération suisse continuera à soutenir ce festival. » Ce soutien international est un levier essentiel pour pérenniser cet espace de visibilité pour les femmes artistes en RDC.
La semaine s’annonce riche et structurée, alliant spectacle, formation et entrepreneuriat. Leonel Akonkwa, directeur de Leka Company et cofondateur, détaille une programmation ambitieuse : spectacles, masterclass, sessions de networking, exposition et un espace dédié à l’entrepreneuriat. La Caravane Binti Shujaa parcourra la ville, diffusant son énergie au-delà des salles de spectacle. Des ateliers de formation (masterclass) viseront à outiller les participantes, tandis qu’une foire culturelle et entrepreneuriale créera des ponts entre l’art et l’économie. Les galas de clôture, prévus en week-end, devraient être les points d’orgue de cette célébration.
Au-delà de l’événementiel, que représente Binti Shujaa pour l’écosystème culturel congolais ? Il est la matérialisation d’un mouvement plus profond. Il questionne la place des femmes dans les industries créatives et offre des modèles de réussite. En mettant en lumière des figures comme Irène Ziyiruka elle-même, Prisca The Drunk et d’autres, le festival tisse une narration collective où l’art devient un acte de résistance et d’affirmation. Chaque rire partagé lors d’un spectacle d’humour, chaque note chantée, chaque vers slamé, contribue à déconstruire les stéréotypes et à élargir l’horizon des possibles.
L’appel lancé à la population de Bukavu pour « s’approprier cette nouvelle initiative culturelle » résonne comme une invitation à la co-création. Le festival Binti Shujaa n’est pas qu’une simple série de représentations ; il aspire à devenir un catalyseur de changement social. En mêlant musique, humour et arts visuels, il crée un langage universel capable de toucher tous les publics et de fédérer la communauté autour de valeurs de résilience et d’audace.
Alors que les projecteurs se braquent sur Bukavu, le festival pose une question fondamentale : comment les initiatives culturelles locales, soutenues par des partenariats internationaux comme celui avec la Coopération suisse, peuvent-elles redessiner le paysage artistique national ? Binti Shujaa apporte une réponse éclatante en démontrant que la valorisation des talents féminins est non seulement une nécessité sociale mais aussi un formidable levier de développement culturel et économique. Cette première édition n’est sans doute qu’un prélude à une plus grande aventure, où les femmes artistes de RDC continueront d’écrire, de jouer et de chanter leur histoire, avec une vaillance qui, désormais, a son propre festival.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
