Ce vendredi 24 avril, sous le ciel voilé de Kinshasa, la Haute École de Commerce (HEC) vibrait au rythme des mots. La quatrième journée du Festival du livre et de la Bible (FELIBI) s’y déroulait, transformant l’enceinte académique en une agora littéraire où les plumes s’aiguisaient et les esprits s’élevaient. Entre les murs, une effervescence douce, presque solennelle, habitait les passionnés de lecture venus célébrer la septième édition de ce rendez-vous culturel.
Dans l’après-midi, l’énergie juvénile des élèves des complexes scolaires Mozindo et La Providence Divine a envahi les salles. Les finales de dictée, d’éloquence et d’épellation ont donné lieu à des joutes oratoires et scripturales intenses. Les jeunes concurrents, le visage grave mais les yeux brillants, ont démontré que la maîtrise de la langue française reste un trésor convoité en République Démocratique du Congo. Ces concours littéraires, véritables tremplins pour les talents naissants, rappellent que la lecture n’est pas une simple activité, mais une clé pour déchiffrer le monde.
Au cœur de cette effervescence, une voix nouvelle s’est fait entendre : celle de Middle Mpita, étudiante et autrice de Minde Reset. Présenté en avant-première, cet ouvrage de développement personnel interpelle. « L’être humain est en constante évolution, explique-t-elle. Ce livre nous invite à abandonner nos mauvaises habitudes pour en adopter de meilleures. » Une invitation à l’introspection, à la gestion du temps, à la purification de l’esprit. Une œuvre qui sonne comme un manifeste pour une génération en quête de sens. « Celui qui ne lit pas est condamné à répéter les mêmes erreurs », avertit-elle, faisant écho à une sagesse universelle. Avec Minde Reset, Middle Mpita s’inscrit dans la tradition des écrivains congolais qui, par la littérature, proposent des outils de transformation sociale.
À quelques pas de là, des stands d’exposition offraient aux visiteurs une palette de romans bibliques, de bandes dessinées et d’autres genres. Les prix abordables rendaient ces trésors accessibles, créant un pont entre le livre et le lecteur. La formation sur la chaîne du livre, animée par l’écrivain Christian Gombo, a plongé les participants dans les coulisses de l’édition. « Il faut poser toutes sortes de questions aux écrivains, même si l’inspiration reste mystérieuse », a-t-il confié, ajoutant que « le seul livre qui contient toutes les réponses reste la Bible ». Une formation essentielle pour comprendre les rouages d’un secteur souvent méconnu, de l’écriture à la diffusion.
La journée s’est achevée par un échange avec le père Archip Mukoko et le slameur Muda Maxana. Le thème ? La préservation de la voix intérieure face à la rumeur numérique et à l’essor de l’intelligence artificielle. Muda Maxana, la voix grave et posée, a mis en garde : « Les textes produits par l’IA sont reconnaissables, tout comme les portraits générés. La différence avec une œuvre artistique reste perceptible. » Une réflexion qui résonne alors que la technologie redessine les contours de la création. Comment garder son âme dans un monde de robots ? Les questions fusent, les réponses s’esquissent.
Cette septième édition du FELIBI, inscrite dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur, se clôturera ce samedi 25 avril. Mais déjà, elle a semé des graines. Des graines de mots, de résilience et d’espoir. Kinshasa, ville aux mille visages, s’affirme une fois de plus comme un carrefour littéraire où la Bible et le livre moderne dansent ensemble, sous l’œil bienveillant de la culture.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
