Dans la zone de santé de Kibirizi, au cœur du territoire de Rutshuru, le silence n’est brisé que par les échos lointains des combats et les pleurs des enfants. Ici, des milliers de familles ont tout perdu, fuyant les violences pour se réfugier dans l’aire de santé de Kikuku. « Nous avons abandonné nos champs, nos maisons, tout ce que nous avions », confie une mère de famille, son bébé dans les bras. « Maintenant, nous dépendons de la bonne volonté des autres, mais comment survivre sans abri et sans nourriture ? »
Cette situation critique est le résultat d’une recrudescence des affrontements armés dans la région. Entre le 1er et le 12 janvier 2026, ce sont pas moins de 4 611 ménages qui ont afflué vers Kikuku, fuyant les hostilités dans les groupements de Kihondo, Mutanda et Kisimba. Mais l’accueil n’a pas été sans défis : restrictions d’accès aux champs, destruction d’abris de fortune… Autant de pressions qui ont poussé environ 1 762 ménages à retourner prématurément dans leurs villages, malgré les risques.
Et la violence n’a pas cessé. Les 19 et 20 février 2026, de nouveaux affrontements entre les rebelles de l’AFC/M23 et les Wazalendo ont provoqué une seconde vague de déplacements, estimée à 987 ménages supplémentaires. Aujourd’hui, le cumul des ménages déplacés sur l’axe Bwalanda-Kikuku atteint 3 836, tous dans un besoin urgent d’assistance. Cette alerte humanitaire Nord-Kivu ne peut plus être ignorée.
Les conditions de vie sont alarmantes. La majorité des déplacés Rutshuru vit dans des familles d’accueil, entassés dans des espaces exigus, sans abris adéquats et avec un accès limité aux moyens de subsistance. « Nous partageons tout avec eux, mais nos ressources sont épuisées », explique un habitant de Kikuku. Les besoins prioritaires ? Sécurité alimentaire, articles ménagers essentiels, soins de santé. Autant de besoins humanitaires Kibirizi qui restent en grande partie non couverts.
Face à cette crise déplacés RDC, quelques organisations tentent d’apporter leur aide. World Vision a distribué des kits Wash à 3 680 ménages, tandis que PPSSP intervient dans le secteur de la santé et AFEDEM dans la nutrition. Mais ces efforts, bien que louables, sont insuffisants. Comme le soulignent les acteurs locaux, des évaluations rapides et des réponses d’urgence sont nécessaires pour éviter une catastrophe plus grande.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Les affrontements M23 Wazalendo continuent de déstabiliser la région, forçant des populations entières à l’exode. Les déplacés viennent de villages comme Kitunda, Kiyeye, Mayiyachunvi, Masiza, Mukole, Ihula, Katobo, Rushaki et Binyoro. Autant de noms qui symbolisent la détresse d’une région en proie à l’insécurité chronique.
La question qui se pose est : jusqu’où ira cette souffrance ? Les partenaires humanitaires et les autorités locales lancent un appel pressant aux acteurs disposant de capacités opérationnelles. Il est temps de se positionner pour des interventions coordonnées et efficaces. Car derrière les chiffres, ce sont des vies humaines qui sont en jeu, des familles brisées par un conflit qui semble sans fin.
En conclusion, la situation à Kibirizi est le reflet d’une crise plus large qui secoue l’est de la RDC. L’urgence humanitaire doit être une priorité, mais elle ne peut se suffire à elle-même. Une solution durable passe par le rétablissement de la sécurité et la paix dans la région. En attendant, chaque jour perdu aggrave la vulnérabilité de milliers de personnes. Le monde regarde-t-il ailleurs ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
