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Affaire Bralima Bukavu : Modeste Bahati Lukwebo saisit la justice contre Heineken et son DG

La scène politique kinoise s’embrase autour d’un dossier aux allures de coup monté. Ce mercredi 4 mars 2026, Modeste Bahati Lukwebo, figure tutélaire du Sénat et pilier de l’Union Sacrée, a choisi le ton de la confrontation directe. Face à la presse, il a déployé l’artillerie lourde de la procédure judiciaire pour répondre à des allégations le reliant au rachat controversé de la brasserie Bralima Bukavu. Une affaire Bralima qui dépasse le simple fait d’affaires pour toucher aux nerfs de la souveraineté nationale et aux luttes d’influence au sommet de l’État.

À l’origine du conflit, l’annonce, en novembre dernier, du géant néerlandais Heineken de céder pour un euro symbolique sa filiale de Sud-Kivu à Synergy Ventures Holdings Ltd, une société basée à Maurice. Cette décision, présentée comme un retrait « responsable » face à la perte de contrôle opérationnel de la brasserie depuis juin 2025 et l’occupation de la zone par la rébellion du M23, a ouvert une boîte de Pandore. Dans les couloirs de Kinshasa, un nom a commencé à circuler avec insistance : celui de Bahati Lukwebo, présenté comme un actionnaire clandestin de l’opération. Une information que l’intéressé qualifie, sans ambages, de « cabale ».

« Comment peut-on imaginer que moi qui suis victime des affres de l’agression à l’Est du pays […] je puisse composer avec mes bourreaux ? » a-t-il lancé, dans une question rhétorique chargée d’émotion et de colère. Le sénateur dresse ici le portrait d’un homme spolié, dont les hôtels, usines et même la résidence à Bukavu sont sous occupation rebelle. Son argument frappe par sa logique implacable : quel intérêt aurait-il à investir dans une zone où tout son patrimoine est confisqué par la même force qu’on l’accuse de financer indirectement ? Le paradoxe, souligne-t-il, est criant.

Le cœur de l’accusation porte sur un rapport transmis par Étienne Saada, directeur général de la BRALIMA, au directeur de cabinet du président de la République. Pour Bahati Lukwebo, ce document est non seulement « erroné » et « infondé », mais il relève d’une machination politique. « L’ennemi c’est aussi celui qui monte des faux dossiers pour déstabiliser les personnes qui comptent parmi les piliers des institutions », a-t-il asséné, pointant du doigt une culture du « renseignement » comme fonds de commerce au sein même de la majorité présidentielle. Cette attaque voilée vise-t-elle des concurrents within the Union Sacrée cherchant à le discréditer aux yeux de Félix Tshisekedi ? La question plane dans l’air de la conférence de presse.

La réplique ne s’est pas fait attendre. Elle est juridique, tranchante. Le parlementaire a annoncé le dépôt d’une plainte à la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe contre M. Saada et le cabinet d’avocats Liedekerke. Le texte de la plainte, dont des extraits ont été lus, est sans équivoque : il est question d’« imputations dommageables », de « diffamation » et de « dénonciation calomnieuse ». L’argumentaire avance que Heineken aurait sciemment intégré son nom dans la structure acheteuse « à dessein de nuire à ses intérêts ». C’est un passage à l’acte judiciaire rare pour une personnalité de ce rang, signe que les enjeux de réputation et d’influence politique sont considérés comme vitaux.

Cette Heineken vente d’un actif stratégique dans une zone en guerre pose, en filigrane, des questions autrement plus vastes. Heineken justifie sa décision par des motifs humanitaires – sauvegarder les emplois – et sécuritaires, évoquant un équilibre délicat entre ses valeurs et la réalité du terrain. Le groupe conserve d’ailleurs une option de rachat dans trois ans. Mais cette opération, intervenue alors que Bukavu est aux mains du M23 depuis février 2025, place tout investisseur, réel ou supposé, dans une lumière suspecte. Traiter avec une entité opérant dans une zone sous contrôle rebelle revient-il, de facto, à légitimer cette occupation ? La charge morale est lourde, et Bahati Lukwebo a bien compris qu’il devait la contrer frontalement pour préserver son capital politique.

L’affaire dépasse donc la simple défense d’honneur. Elle s’inscrit dans le jeu subtil et souvent impitoyable des rapports de force à Kinshasa. En renvoyant la balle aux ministres des Finances et de l’Intégration régionale, Doudou Fwamba et Floribert Anzuluni, pour toute information complémentaire, le sénateur replace le dossier sur le terrain de l’État. C’est une manière de dire que cette transaction, si elle doit être examinée, relève de la souveraineté nationale et non des rumeurs de couloir.

Les prochains actes de ce feuilleton se joueront désormais sur deux scènes : le prétoire de la cour d’appel de Kinshasa et l’arène politique. La plainte de Modeste Bahati Lukwebo va-t-elle obliger Heineken et son directeur à dévoiler leurs sources et leurs motivations profondes ? Ou bien le dossier judiciaire sera-t-il étouffé par des considérations politiques plus larges ? La loyauté du sénateur envers le chef de l’État, qu’il a réaffirmée avec force, est-elle vraiment en péril, ou cette tempête médiatico-judiciaire finira-t-elle par renforcer sa position en démontrant sa capacité à contre-attaquer ? Une chose est sûre : la brasserie de Bukavu, à l’arrêt, continue de produire des remous jusqu’à la capitale, révélant les fractures et les peurs qui traversent l’élite congolaise en période de crise sécuritaire.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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