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Nord-Kivu : Nouvel éboulement meurtrier à la mine de Kasasa, plus de 100 vies emportées

« Mes deux frères sont restés en bas… Je ne sais même pas si leurs corps seront retrouvés. » La voix de ce jeune homme, survivant de l’éboulement, résume l’horreur qui a une nouvelle fois frappé le Nord-Kivu. Ce mardi 3 mars 2026, le sol a cédé sous les pieds de plus d’une centaine de personnes sur le site minier de Kasasa, dans la zone de Rubaya. Parmi les victimes, des creuseurs artisanaux à la recherche de coltan, mais aussi des commerçants dont les échoppes étaient installées aux abords de la mine. Une tragédie qui, à peine un mois après le drame de janvier ayant coûté la vie à plus de 400 personnes, soulève des questions brûlantes sur la sécurité des mines artisanales en RDC.

Les opérations de fouille se poursuivent dans la douleur et la confusion, avec des moyens dérisoires face à l’ampleur du désastre. Des familles affluent, le regard hagard, espérant une nouvelle, un signe, dans ce paysage de terre éventrée. Comment en est-on arrivé là, une fois de plus ? Pourquoi ces jeunes continuent-ils à descendre dans des puits mortels, sachant le danger ? La réponse est cruelle et simple : la faim. « Nous savons que c’est dangereux, mais nous n’avons pas d’autre moyen de survivre. Après le drame de janvier, on a pleuré, puis on est revenu. La faim est plus forte que la peur », lâche un autre creuseur, le visage encore marqué par le choc.

Cette exploitation se déroule dans un contexte de précarité extrême et d’abandon. Sans casque, sans éclairage adéquat, sans aucun contrôle technique sur la stabilité des galeries, ces hommes défient la mort quotidiennement pour quelques grammes de minerai. L’éboulement de la mine Kasasa n’est pas un accident isolé, mais le symptôme d’un système à bout de souffle. La région, riche en coltan, cassitérite et or, est pourtant une source de richesse colossale. Mais sur le terrain, cette manne se traduit par des tombeaux.

La situation est d’autant plus complexe que la zone minière de Rubaya est sous le contrôle des rebelles du M23, un mouvement soutenu par le Rwanda selon les rapports des Nations Unies et les autorités congolaises. Ce conflit armé pour les ressources naturelles entrave toute tentative de régulation et de sécurisation des sites. Le gouvernement a dénoncé l’exploitation « sauvage et illégale » orchestrée depuis l’étranger, pointant du doigt les failles des mécanismes de certification régionaux. Mais sur le terrain, cette condamnation verbale ne fait pas le poids face à la réalité économique et sécuritaire.

Après la catastrophe de janvier, aucune mesure concrète et pérenne n’a été mise en place pour protéger les vies. L’activité a repris, aussi intense, poussée par la nécessité économique et l’absence totale d’alternatives pour la jeunesse locale. Les autorités locales, dépassées, appellent aujourd’hui à l’aide. Mais qui peut vraiment agir dans une zone en proie à l’instabilité et aux luttes d’influence ? La question de la sécurité dans les mines artisanales de RDC se heurte ici au mur de la géopolitique et de l’économie informelle.

Chaque nouvel accident minier au Nord-Kivu est un coup de poignard pour des communautés entières. Derrière le chiffre des victimes – « plus d’une centaine » – se cachent des pères, des mères, des fils, des frères, dont la vie s’est éteinte dans l’ombre des puits. Le drame de Kasasa pose une question fondamentale : jusqu’à quand la richesse du sous-sol congolais continuera-t-elle à se payer au prix du sang de ses enfants ? L’exploitation artisanale, vitale pour des milliers de familles, ne peut rester cette zone de non-droit où la vie humaine n’a quasiment aucune valeur.

Il est urgent de sortir du cycle infernal qui lie conflit armé, ressources naturelles et insécurité permanente. Cela passe par une sécurisation effective des zones minières, un contrôle étatique restauré, et surtout, par la création d’opportunités économiques alternatives pour les jeunes. Sans cela, les creuseurs artisanaux de coltan continueront à marcher sur la tombe de leurs prédécesseurs, piégés entre la menace des éboulements et celle de la misère. La communauté nationale et internationale peut-elle continuer à regarder ailleurs ? Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action, avant que la terre n’ensevelisse d’autres espoirs.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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