Imaginez cette scène, trop familière pour des milliers de Congolaises : après avoir partagé une photo sur les réseaux sociaux, des commentaires déplacés, des messages privés insistants, voire des menaces, commencent à pleuvoir. Le virtuel devient un espace de peur. C’est cette réalité du cyberharcèlement des femmes en RDC qu’a vigoureusement dénoncée Anny Modi, présidente de l’ONG Afia Mama, lors d’un café politique Uongozi au Centre culturel Boboto. Son intervention a jeté une lumière crue sur les pièges de la liberté d’expression sur les plateformes numériques, un terrain miné où les femmes et jeunes filles paient souvent le prix fort.
Devant un parterre d’experts et d’acteurs de la société civile, l’activiste a pointé du doigt une pratique dangereusement banale : cliquer sur « J’accepte » sans lire. « La plupart des femmes le font simplement pour ouvrir rapidement leur compte, sans lire les conditions, conférant ainsi aux plateformes un pouvoir démesuré sur leurs données personnelles », a-t-elle martelé. Cette négligence, encouragée par l’opacité des géants du numérique, ouvre grande la porte à l’exploitation et au harcèlement en ligne au Congo. Mais qui est vraiment responsable de cette insécurité digitale ? Les entreprises, uniquement soucieuses de leur profit et de la réglementation de leur pays d’origine ? Ou bien les utilisateurs eux-mêmes, insuffisamment informés ?
Pour Anny Modi, la réponse est sans équivoque : la protection est une responsabilité partagée. Si les plateformes doivent être scrutées, l’État congolais a un rôle cardinal à jouer. « Nous disposons d’organes de régulation chargés d’examiner ces plateformes, en lien avec le code du numérique », a-t-elle rappelé, appelant à une vigilance institutionnelle. Mais au-delà de la régulation, le cœur du combat réside dans l’éducation. Comment exercer ses droits en ligne si l’on ignore ses devoirs et les limites à ne pas franchir ? La frontière entre opinion et diffamation, entre débat et discours de haine, est souvent floue pour des utilisateurs laissés à eux-mêmes.
Face à ce défi, l’inclusion numérique portée par Afia Mama se présente comme un rempart. L’ONG a mis sur pied un programme dédié, organisant formations et séances de sensibilisation pour armer les femmes contre les dangers du web. « Ce n’est pas parce qu’il est facile d’écrire en quelques clics qu’il faut nécessairement le faire, avertit Anny Modi. Compte tenu de la viralité et de la portée d’une publication, certaines conséquences peuvent être irréversibles. » L’objectif est clair : substituer à l’impulsivité la prise de conscience, et à la naïveté le sens des responsabilités. Il s’agit d’apprendre une utilisation sécurisée des réseaux sociaux, où la protection des données personnelles en ligne devient un réflexe.
Cet appel résonne dans un contexte de mobilisation croissante. Il rejoint, par exemple, la campagne digitale « WebSansViolence » lancée par le mouvement Bisobasi Telema, qui vise à alerter l’opinion sur l’ampleur des violences subies par les femmes dans l’espace digital. Ces initiatives dessinent les contours d’un front commun contre le fléau du cyberharcèlement. Le constat est amer : les plateformes numériques, espaces potentiels d’émancipation et de parole, se transforment trop souvent en zones de non-droit pour les femmes. La bataille pour une liberté d’expression sans violence passe donc par un double effort : une régulation étatique plus ferme et une éducation citoyenne massive. En RDC, où le numérique explose, protéger les femmes en ligne n’est plus une option, mais une urgence sociale. À quand une véritable culture de la cybersécurité et du respect qui rendra enfin le web accueillant pour toutes ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
