La nuit de samedi à dimanche dernier, un acte de vandalisme est venu entacher le paysage politique déjà tendu de la commune de Kimbanseke. Le siège de la fédération de la Tshangu du parti Ensemble pour la République a été la cible d’une opération nocturne, provoquant une onde de choc dans les rangs de l’opposition et soulevant des questions fondamentales sur le climat des libertés politiques en République Démocratique du Congo. Cet incident, loin d’être anodin, agit comme un révélateur des fractures qui traversent l’arène politique kinoise et interroge la capacité des autorités à garantir un espace démocratique apaisé.
Face à la presse ce lundi, Mike Mukebayi Nkoso, le coordonnateur provincial d’Ensemble pour la République, a dressé un récit accusateur. Les faits sont simples dans leur violence : une banderole à l’effigie de Moïse Katumbi, leader charismatique du parti, aurait suscité la colère de jeunes affiliés à la « Force du progrès UDPS », structure satellite du parti au pouvoir, les poussant à saccager les locaux. Pour Mike Mukebayi Nkoso, la gravité de l’acte n’égale que l’indifférence qui l’a accompagné. « Ce qui nous indigne, c’est l’indifférence et la passivité de la police sur place », a-t-il fustigé, pointant du doigt une carence inquiétante de l’État de droit. Une simple banderole peut-elle justifier une telle descente ? La question, rhétorique, en cache une autre, plus vaste : jusqu’où peut aller l’intolérance politique dans la capitale congolaise ?
Le discours du cadre d’Ensemble pour la République a rapidement transcendé l’événement local pour se muer en une critique frontale de la gouvernance présidentielle. « Vous vous rendez compte à quel point Félix Tshisekedi laisse prospérer l’intolérance dans la capitale ? », a-t-il lancé, établissant un lien direct entre l’incident de Kimbanseke et l’atmosphère générale sous le régime en place. Cette accusation d’une tension politique volontairement entretenue ou, à tout le moins, insuffisamment contenue, constitue le cœur de la polémique. Elle renvoie à une stratégie de dénonciation plus large où l’opposition tente de documenter ce qu’elle perçoit comme une répression rampante et une réduction de l’espace civique. L’argument est habile : si de tels excès sont possibles sous les yeux des caméras à Kinshasa, que se passe-t-il dans l’ombre des provinces éloignées ?
La réaction de l’UDPS, par la voix de son cadre Gustave Lutumba, n’a pas tardé. Refusant toute implication de la Force du progrès, il a renversé la charge en suggérant que l’opposition instrumentalisait l’incident. Selon cette narration concurrente, Ensemble pour la République chercherait à « accentuer la tension politique en vue d’un éventuel dialogue », c’est-à-dire à créer des prétextes pour négocier en position de force ou pour mobiliser l’opinion internationale. Ce jeu de miroirs accusatoires est classique dans l’arène politique congolaise, où chaque événement est immédiatement surinterprété et intégré dans un récit stratégique plus large. Qui cherche réellement à tirer profit de cette dégradation ? L’opposition, en victimisation, ou le pouvoir, testant les limites de la contestation ?
Au-delà du duel verbal, les implications sont concrètes et potentiellement lourdes. L’annonce par Ensemble pour la République d’une tournée auprès des chancelleries étrangères et d’organisations de défense des droits de l’homme marque une volonté claire d’internationaliser le conflit. Mike Mukebayi Nkoso affirme avoir déjà interpellé les « pays partenaires ». Cette externalisation de la plainte est une carte risquée mais puissante dans le jeu politique congolais, où le regard et le soutien des bailleurs internationaux pèsent d’un poids considérable. Le président Tshisekedi, souvent soucieux de son image à l’étranger, se retrouve ainsi directement mis en cause pour son incapacité présumée à contenir les violences partisanes de ses soutiens.
En définitive, l’épisode du vandalisme du siège de la Tshangu est bien plus qu’un fait divers local. Il est un symptôme, un point de tension politique cristallisant les angoisses de l’opposition et les dénis du pouvoir. Il pose une question fondamentale sur la nature du dialogue politique souhaité : peut-il s’épanouir dans un climat où la simple expression visuelle d’un soutien à Moïse Katumbi provoque la destruction ? La suite appartient aux autorités judiciaires, dont l’action – ou l’inaction – sera scrutée, et aux acteurs politiques, qui devront choisir entre l’escalade verbale et un apaisement nécessaire. La balle est désormais dans le camp du pouvoir : réprimer les auteurs ou laisser planer le doute d’une complicité passive, au risque de fragiliser encore un peu plus la crédibilité démocratique du pays.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
