À Lisala, le cœur administratif de la province de la Mongala, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a effectué, dimanche, une descente sur le terrain qui ressemble à bien plus qu’une simple visite de courtoisie. L’annonce du démarrage imminent de grands travaux structurants dans cette province enclavée constitue la pierre angulaire d’une stratégie gouvernementale visant à matérialiser concrètement ses engagements. La cheffe du Gouvernement joue gros avec cette séquence, cherchant à transformer des promesses politiques en réalisations palpables pour une population souvent sceptique. Son déplacement, conditionné selon ses dires par le lancement effectif des chantiers, illustre une volonté affichée de rompre avec l’ère des discours creux. Mais cette ambition se heurte à un terrain complexe, où les défis infrastructurels et les lenteurs administratives pourraient fragiliser la crédibilité de l’Exécutif.
La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a, lors d’un meeting populaire, détaillé trois axes prioritaires pour la Mongala, un cadre d’intervention qui semble taillé sur mesure pour répondre aux urgences locales tout en servant une vision économique plus large. Le premier pilier, et sans doute le plus stratégique, concerne le désenclavement. La réhabilitation des axes routiers majeurs que sont la route nationale RN8 et la RN6 n’est pas un simple projet provincial. La RN6, en particulier, est présentée comme un maillon essentiel d’un corridor transafricain. Cette route, reliant le Tchad et la Centrafrique à la RDC, avec des perspectives de connexion vers le corridor de Lobito et l’océan Indien, dépasse le cadre local pour s’inscrire dans une logique géoéconomique. Le gouvernement parie-t-il sur la Mongala comme future plaque tournante régionale ? L’enjeu est de taille, et les retards habituels dans ce genre d’infrastructures pourraient anéantir ce dessein.
Le deuxième axe, plus local mais tout aussi crucial, est la lutte contre les érosions à Lisala. La Première ministre a reconnu que ce fléau bénéficie d’une attention particulière « au plus haut niveau de l’État ». Cette reconnaissance officielle d’un problème qui ronge littéralement la ville est significative. Les impacts sont en effet dévastateurs : destructions d’habitations, dégradation d’infrastructures publiques et paralysie de l’économie locale. La mise en avant de cette problématique dans le discours gouvernemental est une réponse à une détresse visible, mais elle soulève immédiatement la question des moyens et de l’expertise qui seront déployés. Un échec sur ce front, très concret et observable par chaque habitant, serait lourd de conséquences en termes de confiance.
Enfin, le troisième volet touche au développement humain avec l’accélération de la mise en œuvre du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T). Ici, le ton de la cheffe du Gouvernement s’est fait plus sévère, déplorant les « lenteurs observées » dans la province. Son appel aux entrepreneurs bénéficiaires pour une gestion « rigoureuse et responsable » des fonds publics sonne comme un avertissement. Cette mise en garde révèle les écueils connus de la gestion de l’aide publique : lenteur bureaucratique et risques de détournement. La réussite de ce programme, censé renforcer les services socio-économiques de base, est un test de la capacité de l’État à administrer efficacement ses politiques sociales dans les territoires reculés.
Au-delà des annonces techniques, le discours de Judith Suminwa Tuluka a habilement glissé vers le registre politique et sécuritaire. Son appel à l’unité nationale, en écho direct aux tensions dans l’Est du pays, n’est pas anodin. En liant le développement de la Mongala à la préservation de l’intégrité territoriale, elle tente de construire une narration plus large : la cohésion nationale passe aussi par la justice territoriale et le rééquilibrage des investissements. S’adressant à la jeunesse, elle a promis d’intégrer ses préoccupations, tout en prônant une diversification des emplois hors de la fonction publique. Ce message traduit une prise de conscience des limites du modèle économique actuel, mais promouvoir l’apprentissage des métiers suffira-t-il à canaliser les aspirations d’une jeunesse en quête d’opportunités ?
La suite de l’itinérance de la Première ministre, avec des étapes à Bongandanga puis Bumba, permettra de mesurer l’adhésion populaire à ces annonces. Le pari est audacieux : transformer une visite en catalyseur de projets concrets. L’annonce du démarrage des travaux de la route de l’aérodrome de Lisala est un premier jeton mis sur la table, un symbole dont le gouvernement espère qu’il sera suivi d’effets rapides. La population, elle, est invitée à un « suivi citoyen », une formule qui place la balle dans le camp des habitants autant que dans celui des autorités. Le véritable test commencera après le départ de la délégation gouvernementale. Les engagements pris à Lisala, s’ils venaient à rester lettre morte, ne feraient qu’alimenter le cynisme ambiant. À l’inverse, une mise en œuvre réussie de ces travaux structurants en Mongala pourrait redonner du crédit à un Exécutif en quête de légitimité par l’action. L’équation politique est donc complexe, et les prochains mois seront décisifs pour juger si cette offensive développementiste n’était qu’un épisode de communication ou le prélude à une transformation durable de la province.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
