L’atmosphère était lourde dans la salle de presse du Stade Joseph Kabila Kabange de Kindu. Le visage fermé, Mohamed Amine Benhachem, le stratège marocain du Wydad Athletic Club, ne pouvait dissimuler son amertume. La défaite (0-1) face au Maniema Union, première de la saison en Coupe de la CAF pour les Rouge et Blanc, avait un goût particulièrement amer. Et pour le technicien, le responsable principal n’était pas l’adversaire, mais bien le sol sur lequel la bataille s’est déroulée.
« Le handicap, c’était le terrain. » Cette déclaration, lancée comme un constat sans appel, a résonné dans le micro et a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Benhachem, malgré sa défaite, a reconnu le mérite de l’AS Maniema Union, la qualifiant de « très belle équipe, athlétique, avec des joueurs techniques et un bon coach ». Un hommage sincère, mais aussitôt englouti par une vague de critiques acerbes contre le gazon synthétique de Kindu. Une surface que l’entraîneur du Wydad Athletic Club juge totalement inadaptée au haut niveau.
« Ce n’est pas à nous de nous adapter. C’est à vous de faire des terrains naturels, c’est à vous de développer le football », a-t-il asséné, pointant du doigt ce qu’il perçoit comme un frein au développement du football africain. Selon lui, la comparaison avec le match aller, joué sur une pelouse naturelle à Casablanca, est sans appel. La performance de son équipe, habituée à un jeu de passes rapide et technique, aurait été plombée par les rebonds aléatoires et la rugosité du terrain synthétique football.
Mais au-delà de la polémique, que retenir de ce choc au sommet du Groupe B de la Coupe de la CAF ? D’abord, la formidable performance du Maniema Union. L’équipe de Germain Ngoy a su parfaitement exploiter son atout principal : sa connaissance parfaite de son antre. Solides, engagés, et profitant des conditions, les joueurs de Kindu ont démontré une maîtrise tactique exemplaire. Le but, inscrit en première période, est le fruit d’un pressing intense et d’une transition fulgurante, rendue possible par la vitesse de balle sur le synthétique.
Cette victoire historique face à un géant continental propulse le Maniema Union en position de force. Les deux formations, désormais, se tiennent en tête du groupe et sont sur la meilleure voie pour décrocher leur ticket pour les quarts de finale. Mais cette affaire soulève des questions plus larges. L’entraîneur du Wydad critique-t-il à juste titre ? La prolifération des terrains synthétiques en Afrique, souvent une solution économique face à l’entretien difficile des gazons naturels, est-elle un progrès ou un obstacle ?
Certains défendent ces installations, garantes de matches jouables en toute saison, et pouvant accueillir un volume d’activité bien supérieur. D’autres, à l’instar de Benhachem, y voient un standard inférieur qui bride le talent et favorise un jeu plus direct, parfois brutal. Le débat est ancien, mais il vient de trouver une nouvelle caisse de résonance en République Démocratique du Congo. Le football congolais, riche d’une incroyable vivacité, doit-il sacrifier sa technicité légendaire sur l’autel de la praticité ?
La réponse se jouera peut-être au retour. Car si le Wydad compte bien se venger au Maroc, le Maniema Union, lui, a envoyé un message fort. Il a prouvé que sur n’importe quelle surface, la combativité, l’organisation et la foi en ses forces peuvent venir à bout des plus riches et des plus renommés. Cette victoire est bien plus qu’un simple succès sportif ; c’est un symbole de résilience et une leçon de football. La balle est désormais dans le camp des instances pour trancher ce débat épineux entre modernité infrastructurelle et préservation de l’essence du jeu. En attendant, le groupe B de la CAF Confederations Cup vient de s’enflammer, et la route vers le titre s’annonce plus passionnante que jamais.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: footrdc.com
