La présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations Unies a placé la question des ressources naturelles au cœur du débat sur la paix et la sécurité internationales. Lors d’une réunion au format Arria tenue à New York, la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présidé une session consacrée à l’évaluation du déficit normatif liant exploitation des ressources et conflits armés.
Un constat chiffré sur l’or non déclaré
Le Secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), Dr Mubita Luwabelwa, a livré un diagnostic préoccupant. Il a souligné que l’exportation de minerais issus des zones de conflit en RDC reste faible, alors que la production d’or connaît une explosion. Selon les informations disponibles, entre 90 % et 98 % de l’or extrait échapperait à toute déclaration. Cette situation prive les États de recettes essentielles et alimente les cycles de violence.
Des mécanismes de certification à renforcer
Le responsable de la CIRGL a pointé les insuffisances des dispositifs actuels de gouvernance. La coordination entre les différents mécanismes demeure insuffisante, a-t-il estimé, certains étant devenus moins efficaces face à la persistance de l’exploitation illicite. Il a plaidé pour une meilleure complémentarité entre le Processus de Kimberley, les mécanismes régionaux de certification et les groupes d’experts des Nations Unies, afin d’accroître leur efficacité.
Le paradoxe des communautés minières
Dr Mubita Luwabelwa a également mis en lumière le contraste saisissant entre la valeur des minerais extraits et les conditions de vie des populations locales. Les minerais sont souvent transformés très loin des sites d’extraction, alors que les communautés minières manquent encore d’eau potable et de services d’assainissement. Il a appelé à tirer les leçons de cette réalité pour orienter les politiques publiques.
Un appel à l’action collective
Rappelant que le Conseil de sécurité dispose déjà de bases juridiques solides, notamment les résolutions 2417 (2018) et 2457 (2019), le Secrétaire exécutif a formulé plusieurs recommandations : renforcement de la coordination entre l’ONU, les organisations régionales et les États, création de bases de données communes et appui accru aux initiatives régionales. Il a insisté sur la nécessité d’investir dans la formalisation du secteur minier, l’accès au financement et aux technologies, plutôt que de déployer davantage de forces de sécurité. La réunion s’inscrit dans la continuité des priorités de la présidence congolaise du Conseil de sécurité, après un briefing consacré aux violences sexuelles liées aux conflits le 8 juillet.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
