La présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations Unies a placé la question des ressources naturelles au cœur des débats, lors d’une réunion au format Arria tenue le 13 juillet. Présidée par la ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, cette session a réuni des responsables régionaux et internationaux pour évaluer le déficit normatif liant exploitation des minerais et paix. Le Secrétaire exécutif de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), Dr Mubita Luwabelwa, a livré un constat sans détour : les textes existent, mais leur application reste entravée par des réalités politiques et économiques complexes.
Un cadre juridique régional issu des crises
Dr Mubita Luwabelwa a rappelé les origines de la coopération régionale en matière de gouvernance des ressources naturelles. À la suite du génocide au Rwanda et des guerres en République démocratique du Congo, les États de la région ont décidé de se doter d’un instrument juridiquement contraignant. Le 15 décembre 2006, le Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs a été signé à Nairobi. Accompagné de dix protocoles, ce pacte a donné naissance à la CIRGL, premier cadre de ce type consacré à la stabilité et au développement. En 2010, les chefs d’État ont renforcé cet engagement en lançant l’Initiative régionale contre l’exploitation illicite des ressources naturelles.
La traçabilité, un outil perfectible
Le responsable de la CIRGL a souligné les enseignements tirés de quinze années de coopération. « Nous avons appris que la traçabilité est possible, mais qu’elle ne fonctionne que lorsqu’elle est simple, crédible et harmonisée », a-t-il expliqué. Il a également insisté sur le rôle des entreprises minières, qui « ne constituent pas le problème ; elles font partie de la solution », et sur la nécessité d’un appui international durable. Le mécanisme régional de certification de la CIRGL repose sur quatre piliers : inspections des sites miniers, chaîne de contrôle jusqu’aux frontières, audits indépendants et base de données régionale. Appliqué au Burundi, en RDC, en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda, il a déjà permis l’émission de plus de 30 000 certificats en RDC, certifiant d’importants volumes de tungstène, d’étain et de tantale. Trois nouveaux pays – la République du Congo, la République centrafricaine et la Zambie – préparent leur adhésion.
Des obstacles persistants malgré les avancées
Malgré ces progrès, Dr Mubita Luwabelwa a reconnu que la multiplication des mécanismes de contrôle crée des lourdeurs. « Certains mécanismes, pourtant créés avec de bonnes intentions, se révèlent complexes. Des entreprises et des mineurs situés dans des régions isolées doivent satisfaire à une multitude de procédures administratives. Force est de constater que cette situation est non seulement inefficace, mais également injuste », a-t-il regretté. Il a aussi rappelé que la Déclaration de Lusaka a établi le lien entre ressources naturelles et conflits, et salué les partenariats avec l’OCDE et le Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC, qui se réunissent chaque année pour améliorer la gouvernance.
Une séquence diplomatique sous présidence congolaise
Cette réunion s’inscrit dans la continuité des priorités de la présidence congolaise du Conseil de sécurité. Le 8 juillet, un briefing consacré aux violences sexuelles liées aux conflits, présidé par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, avait mis en lumière le coût humain des économies de guerre et la nécessité de renforcer la prévention et la lutte contre l’impunité. La session sur les ressources naturelles a prolongé cette dynamique en appelant à combler les lacunes normatives. « Nous voulons ici combler une lacune normative, mais soyons francs : lorsque nous évaluons la situation, nous constatons qu’il ne s’agit pas d’une simple question abstraite. C’est une question morale », a déclaré Dr Mubita Luwabelwa, liant exploitation des minerais, droits humains et pauvreté persistante.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
