Le gouvernement congolais ouvre la porte à un débat sur la réforme constitutionnelle dans le cadre du dialogue national annoncé. Le porte-parole Patrick Muyaya a précisé que cette question n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres, mais il la juge « pertinente » vingt ans après la promulgation de la Constitution.
Un débat jamais officiel mais jugé pertinent
Lors d’un briefing presse, Patrick Muyaya a répondu aux interrogations sur d’éventuelles concessions lors du dialogue, notamment sur l’abandon de la réforme constitutionnelle. Il a rappelé que le gouvernement n’a jamais officiellement engagé ce débat. « Vous revenez sur la question de la Constitution. Le cardinal vous a dit que nous avons parlé de plusieurs sujets et que l’objectif principal et primordial aujourd’hui. Je ne cesse de vous le dire : nous, au gouvernement, on n’a jamais parlé de la question de la Constitution. Ça n’a jamais été à l’ordre du jour du Conseil des ministres », a-t-il déclaré.
Le ministre de la Communication et Médias a toutefois reconnu que la question demeure « pertinente », en raison de certaines dispositions qui mériteraient d’être réajustées. Il a cité l’exemple de la nationalité, évoquant le cas des Léopards, majoritairement binationaux, pour illustrer la nécessité de faciliter l’accès à la nationalité congolaise, exclusive selon la loi fondamentale.
Le dialogue, un cadre pour aborder les réformes
Patrick Muyaya a expliqué que le dialogue ne se limitera pas à la situation sécuritaire dans l’Est, mais portera également sur d’autres questions d’intérêt national. Selon lui, ni le gouvernement ni le président de la République ne devraient s’interdire d’ouvrir des discussions sur des réformes susceptibles de répondre aux réalités actuelles du pays. « Parce que nous aurons le cadre du dialogue où nous parlerons non pas seulement de l’agression, mais aussi d’autres sujets. Je crois que ceux qui viendront, ceux qui ont des appréhensions ou qui veulent aborder ce sujet pourront en débattre dans le dialogue. Pourquoi pas ? », a-t-il affirmé.
Le porte-parole a rappelé que l’idée de modifier certaines dispositions constitutionnelles faisait déjà consensus au sein du G13, dont il était membre. Le dialogue offrira à toutes les parties prenantes l’occasion de soumettre leurs propositions, dans l’objectif de renforcer la cohésion nationale et de favoriser le développement du pays.
Un contexte de crise et de divergences politiques
Cette annonce intervient dans un contexte sociopolitique marqué par la recherche d’un consensus face à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, où Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Elle survient également dans un climat de fortes divergences autour du débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle. L’opposition accuse la majorité au pouvoir de vouloir changer la Constitution afin de permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats. Le pouvoir rejette ces accusations.
Les initiatives diplomatiques en cours, comme les accords de Washington et le processus de Doha, peinent à produire des résultats tangibles. Malgré les efforts des médiateurs, les combats et les tensions persistent. Cette étape a été précédée par des consultations régionales au Burundi, en République du Congo et en Angola, où les chefs d’État ont exprimé leur volonté d’aider la RDC à sortir de l’impasse, en insistant sur la préservation de l’unité nationale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
