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Ebola en Ituri : comment impliquer les communautés et renforcer le leadership national

La maîtrise de la 17e épidémie de maladie à virus Ebola en Ituri repose sur un équilibre délicat entre l’ancrage communautaire et un leadership national fort. De retour d’une mission d’appui à Bunia et Rwampara, un constat s’impose : sans l’implication réelle des populations, les efforts de riposte risquent de rester fragiles. Plusieurs acteurs reconnaissent les défis de l’engagement communautaire, mais peu s’interrogent sur les moyens de le rendre effectif et durable.

Des équipes locales pour rapprocher la riposte des réalités du terrain

L’une des principales barrières observées est la distance culturelle et sociale entre certaines équipes de riposte et les communautés. Lorsque les messages sont portés par des personnes perçues comme étrangères, la méfiance s’installe rapidement. Pour y remédier, il est proposé de mettre en place dans chaque zone concernée une équipe locale de Communication des Risques et d’Engagement Communautaire (CREC). Celle-ci serait composée d’un leader d’opinion, d’un membre de la société civile, d’un leader religieux, d’un chef de quartier, d’un représentant coutumier, d’un point focal CREC de la zone de santé et d’un point focal de la Division Provinciale de la Santé. L’objectif est d’ancrer la riposte dans les réalités locales pour que les communautés deviennent de véritables actrices de la réponse, et non de simples cibles de sensibilisation.

Motiver et outiller les acteurs de terrain pour une mobilisation durable

L’engagement communautaire ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté. Les leaders, relais communautaires, survivants d’Ebola, jeunes, femmes et acteurs de la société civile font face à des contraintes concrètes : transport, communication, disponibilité, sécurité. Après avoir cartographié les leaders et obtenu leur adhésion, un mécanisme transparent de motivation et d’appui logistique doit être prévu pour ceux qui s’engagent réellement. Les personnes guéries d’Ebola doivent aussi être davantage valorisées comme pairs éducateurs crédibles, capables de témoigner et de rassurer les familles sur l’importance d’une prise en charge précoce.

Des enterrements dignes et sécurisés pour préserver la confiance

Les Enterrements Dignes et Sécurisés (EDS) sont essentiels pour interrompre la transmission, mais restent très sensibles sur le plan culturel. Mal expliqués ou perçus comme une rupture avec les coutumes, ils alimentent peur et rumeurs. Il faut donc renforcer la capacité des équipes à intervenir avec humanité et pédagogie, en intégrant des membres issus des communautés. L’utilisation de housses mortuaires transparentes devrait être maintenue pour permettre aux familles d’identifier visuellement leurs proches, ce qui peut réduire les rumeurs de vol d’organes. Une EDS réussie renforce l’ensemble de la riposte ; un échec la fragilise.

Écouter les préoccupations avant de vouloir convaincre

Sur le terrain, les communautés posent des questions qui traduisent des incompréhensions et des frustrations réelles : « Pourquoi vos médicaments ont-ils une odeur ? », « Vous êtes payés, mais vous nous demandez de vous accompagner gratuitement : avec quels moyens allons-nous le faire ? ». Écouter ces préoccupations, c’est déjà commencer à résoudre une partie du problème. La communication doit organiser un circuit de remontée des inquiétudes, apporter des réponses rapides et adapter les interventions aux réalités vécues par les populations.

Un leadership national pour porter la riposte au plus haut niveau

Au niveau institutionnel, la 17e épidémie replace la RDC au cœur des enjeux sanitaires mondiaux. Un cadre national de consultations, sous l’impulsion du Président de la République, permettrait de réunir autorités, confessions religieuses, leaders coutumiers, partenaires et société civile pour capitaliser les leçons des épidémies passées et définir une feuille de route opérationnelle. Une prise de parole directe et régulière du Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, aurait un impact déterminant pour rassurer les communautés affectées et montrer le leadership national. Enfin, la communication officielle doit changer de paradigme : plutôt que d’insister sur l’absence de vaccin homologué, elle doit mettre en avant l’expertise congolaise, les guérisons observées et l’importance d’une consultation précoce pour restaurer la confiance.

Article Ecrit par Amissi G

Source: Actualite.cd

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