Un rapport de Human Rights Watch, rendu public ce mercredi 10 juin, documente des violations graves des droits humains dans des camps sous contrôle du M23 à Rumangabo et Tshanzu, dans l’est de la République démocratique du Congo. L’organisation a recueilli les témoignages de 102 anciens détenus, échappés, déployés avec le groupe armé ou rendus à l’armée congolaise, ainsi que de témoins d’abus et de sources onusiennes, militaires et diplomatiques. Les enquêtes, menées en personne en Ouganda et en RDC, et par téléphone dans les zones tenues par le M23, s’appuient aussi sur des vidéos géolocalisées, des images satellite et une reconstruction 3D des camps.
Des recrutements forcés systématiques depuis 2024
Selon le rapport, le M23 a intensifié ses campagnes de recrutement forcé après la prise de vastes territoires et de grandes villes en 2025. Des milliers de personnes — soldats congolais, miliciens Wazalendo, policiers et civils — ont été enrôlées, parfois volontairement, mais souvent sous la contrainte. Des enfants, dont certains âgés de 12 ans seulement, figurent parmi les recrues. Les combattants ont organisé des embuscades, installé des points de contrôle et procédé à des arrestations dans des hôpitaux, églises et écoles. Des habitants ont été convoqués sous de faux prétextes ou menacés avant d’être transportés vers les camps.
Conditions de détention et violences à Rumangabo et Tshanzu
Dans les camps de Rumangabo et Tshanzu, les détenus ont été soumis à des conditions extrêmes. Human Rights Watch rapporte des privations de nourriture, d’eau et de soins médicaux, ainsi que des passages à tabac. Un ancien détenu a déclaré : « Si nous étions surpris en train d’essayer de boire dans des flaques d’eau par terre […] les gardes nous battaient sévèrement. » Des exécutions sommaires et des violences contre les personnes tentant de s’évader ou enfreignant les règles sont également documentées. Le rapport précise que des enfants détenus à Tshanzu ont subi un entraînement militaire et du travail forcé, certains servant de gardes et contraints de frapper d’autres détenus. Le nombre exact de victimes reste inconnu, mais l’organisation estime que « des centaines de personnes, et peut-être plus » sont mortes dans ces camps en 2025. Un ancien détenu a raconté avoir été forcé d’enterrer des corps à plusieurs reprises : « Je n’étais qu’un étudiant, je n’avais jamais vu un cadavre auparavant. Ils m’ont fait enterrer des corps sept fois, nous les avons mis dans une grande fosse. »
Implication présumée des forces rwandaises
Des témoignages recueillis par Human Rights Watch indiquent la présence de soldats rwandais lors des opérations de recrutement et dans les camps. Ils auraient été identifiés par leur équipement, leurs uniformes, leurs accents et leur incapacité à parler français ou kiswahili. Ces éléments ont été confirmés par des sources militaires, des services de renseignement et les Nations Unies, selon le rapport. L’organisation estime que la présence et l’influence militaire du Rwanda pourraient répondre aux critères d’une occupation belligérante au regard du droit international humanitaire, et que les autorités rwandaises pourraient être tenues pénalement responsables des actes du M23 dans ces camps.
Absence d’enquêtes et détentions à Kinshasa
Human Rights Watch note que le gouvernement rwandais et les dirigeants du M23 ont rejeté les accusations sans engager d’enquêtes. L’organisation rappelle que d’autres groupes armés dans l’est de la RDC ont eu recours au recrutement forcé et à l’utilisation d’enfants soldats, et que ni la RDC ni le Rwanda n’ont pris de mesures sérieuses face à ces crimes. En mai 2026, des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à la prison de Makala à Kinshasa, où sont détenus des civils recrutés de force par le M23 avant de se rendre aux forces congolaises. Trente-quatre détenus, dont 14 enfants, ont déclaré avoir été enfermés et interrogés par les services de renseignement militaires pendant des périodes allant de quelques jours à un mois, avant leur transfert à Makala. Le 9 juin, l’organisation a adressé une correspondance aux ministres congolais de la Justice et de la Défense pour obtenir des éclaircissements sur la base juridique de ces détentions. Human Rights Watch appelle les partenaires internationaux, notamment les Nations Unies, l’Union africaine, l’Union européenne et les États-Unis, à aborder publiquement ces abus et à revoir leur coopération militaire avec le Rwanda. L’organisation recommande des sanctions ciblées contre les responsables et le renforcement des mécanismes de justice. Elle invite les autorités congolaises à préserver les preuves et à engager des poursuites, tandis que la Cour pénale internationale est appelée à enquêter sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
