Les conditions d’un éventuel retour de Moïse Katumbi en République démocratique du Congo ont été précisées ce lundi par Olivier Kamitatu, proche collaborateur de l’ancien gouverneur du Katanga. Interrogé lors d’un Space live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, M. Kamitatu a posé des préalables clairs, tout en constatant que le pouvoir actuel est loin de les réunir. Une position qui éloigne la perspective d’un retour prochain, dans un climat politique de plus en plus tendu.
Des conditions strictement politiques
La première exigence formulée est sans ambiguïté : la libération de tous les prisonniers politiques. Olivier Kamitatu a rappelé que certains d’entre eux sont détenus depuis trois ans, notamment à la prison militaire de Ndolo, sans accès à leur dossier ni assistance juridique. « Ils ne sont coupables de rien », a-t-il martelé, dénonçant des détentions qu’il juge arbitraires. À cette condition s’ajoutent la restitution du passeport de Moïse Katumbi — confisqué depuis plusieurs années — et la levée des condamnations prononcées contre plusieurs opposants. Selon M. Kamitatu, ces condamnations sont « injustes » et constituent un obstacle juridique au retour du leader politique.
Un dialogue inclusif au point mort
Ces préalables ne sont pas nouveaux, a-t-il souligné. Ils avaient été actés par écrit lors des consultations menées par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), dans le cadre d’une initiative de dialogue inclusif. Mais cette feuille de route est aujourd’hui lettre morte. « De dialogue inclusif, il n’est même plus question », a déploré Olivier Kamitatu. Il décrit une atmosphère de défiance à Kinshasa, où règnent, selon ses termes, « une espèce de foire et d’arrogance ». La reprise des discussions, pourtant indispensable pour résoudre la crise politique, semble bloquée. Le blocage actuel s’expliquerait, d’après M. Kamitatu, par une dérive autoritaire. Il pointe du doigt les discussions récurrentes autour d’un troisième mandat présidentiel et d’une présidence à vie, qui « envahissent les esprits d’une certaine partie de la classe politique ».
Au-delà de Katumbi, la question du retour des exilés politiques
Pour Olivier Kamitatu, le cas de Moïse Katumbi ne peut être traité isolément. Il s’inscrit dans une problématique plus large : celle du retour de toutes les forces politiques dans leur pays. « La question du retour de Katumbi est liée au retour de l’ensemble des forces politiques vers leur pays », a-t-il affirmé. Une perspective qui s’éloigne à mesure que l’option d’un troisième mandat gagne du terrain. Le débat sur la révision constitutionnelle, bien que non officiel, alimente les craintes d’un verrouillage du système.
Cette déclaration intervient alors que Moïse Katumbi, figure majeure de l’opposition, vit en exil depuis plusieurs années. Son retour aurait une portée symbolique forte, mais il reste conditionné à des garanties juridiques et politiques. Les propos d’Olivier Kamitatu confirment que le dialogue prôné par les institutions religieuses n’a pas permis de rapprocher les positions. Dans l’attente d’une évolution, le statu quo prévaut. La situation des prisonniers politiques demeure un point de crispation majeur. Les organisations de défense des droits de l’homme documentent régulièrement des détentions prolongées sans jugement. Le rappel de cette réalité par Olivier Kamitatu vise à remettre la question pénitentiaire au centre des discussions. Sans avancée sur ce dossier, un retour de l’opposant reste hautement improbable.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
