À Bunia, en Ituri, un infirmier défie les idées reçues sur la maladie à virus Ebola. Étienne Ezo, professionnel de santé, a non seulement contracté le virus, mais il l’a aussi vaincu. Aujourd’hui, il se déclare prêt à retourner au chevet des malades. Une annonce qui résonne comme un puissant message d’espoir dans une région où l’épidémie suscite encore peur et méfiance.
Un parcours de guérison exemplaire
Étienne Ezo fait partie des patients récemment sortis du Centre de traitement Ebola (CTE) de l’hôpital de Nyakunde. Avec quatre autres survivants, il a reçu un certificat officiel attestant de sa guérison. Ce document, délivré après deux tests PCR négatifs, confirme que la personne n’est plus contagieuse et peut reprendre une vie normale sans risque pour son entourage. Pour l’infirmier, ce retour à la santé est vécu comme une seconde chance. Il se dit prêt à retourner dans les services de soins, fort d’une expérience qui renforce sa détermination à servir la population de Bunia.
La guérison d’Ebola repose sur une prise en charge précoce et symptomatique. Dans un CTE, les patients reçoivent des traitements de soutien – réhydratation, maintien des fonctions vitales – qui augmentent significativement les chances de survie. Les survivants développent des anticorps qui les protègent d’une nouvelle infection, au moins pour la souche contractée. Cette immunité leur permet parfois de contribuer aux soins des malades, comme on l’a vu lors d’épidémies précédentes.
Le lourd tribut du personnel de santé
Le cas d’Étienne Ezo rappelle que les soignants sont en première ligne face au virus. En Ituri, comme ailleurs, le personnel de santé paie un prix élevé, exposé quotidiennement au risque de contamination. Mais sa résilience illustre aussi la détermination de ceux qui, malgré la peur, continuent d’exercer leur métier. Le retour annoncé de cet infirmier est un symbole fort : il prouve que l’on peut tomber malade, guérir, et reprendre le combat.
Les conditions de travail restent difficiles. Les équipes médicales doivent composer avec des infrastructures limitées, des équipements de protection parfois inconfortables, et la défiance de certaines communautés. Pourtant, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tenu à saluer personnellement « l’engagement de l’infirmier Étienne Ezo ainsi que celui de l’ensemble du personnel de santé ». Il a rappelé qu’ils « continuent d’exercer leur mission dans des conditions difficiles et parfois dangereuses afin de sauver des vies ».
Les survivants, ambassadeurs de la riposte
Au-delà de leur rétablissement physique, les personnes guéries d’Ebola jouent un rôle crucial dans la lutte contre l’épidémie. Les autorités sanitaires locales les considèrent comme des témoins clés pour briser le cycle de la méfiance. En partageant leur vécu, ils aident à démystifier la maladie et à convaincre les proches de recourir rapidement aux soins. « Aujourd’hui, c’est une joie pour moi. Nous étions plusieurs à souffrir de la même maladie, mais certains sont décédés. Moi, j’ai reçu mon certificat et je rends grâce à Dieu », a témoigné Mika Makati, un autre survivant de l’épidémie.
Leur parole est d’autant plus puissante qu’elle vient de personnes ordinaires ayant traversé l’épreuve. Pour les communautés réticentes, voir un voisin, un collègue ou un soignant guérir après Ebola est un argument bien plus convaincant que les messages institutionnels. Cette stratégie de « survivants ambassadeurs » a déjà fait ses preuves en Afrique de l’Ouest et en République démocratique du Congo, contribuant à améliorer l’acceptation des mesures de riposte.
L’appel à la vigilance de l’OMS
S’appuyant sur ces exemples de guérison, le patron de l’OMS a lancé un appel pressant à la population : « Votre courage nous donne de l’espoir. Votre histoire montre que cette épidémie peut être arrêtée. Mon message à la communauté est simple : si vous présentez des symptômes, venez rapidement chercher une assistance médicale. Comme ces survivants, vous pouvez également guérir. »
Les symptômes d’Ebola – fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, maux de tête, suivis de vomissements, diarrhée et parfois hémorragies – ne sont pas spécifiques. Un diagnostic rapide et une orientation vers un CTE restent les meilleurs atouts pour sauver des vies et limiter la propagation. Les autorités sanitaires rappellent que les soins sont gratuits et que la confidentialité est garantie.
Le retour d’Étienne Ezo à son poste à Bunia incarne cette dynamique positive : celle d’une épidémie que l’on peut vaincre, même au niveau individuel. Son histoire, comme celle des autres survivants, montre que la peur n’est pas une fatalité et que la guérison est possible lorsque l’on accepte les soins à temps.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
