Imaginez un jeune Congolais, brillant diplômé en médecine de l’Université de Kinshasa, qui rêve de poursuivre sa spécialisation en Europe. Pendant des mois, il se heurte à des procédures kafkaïennes : son diplôme est suspecté, ses relevés de notes jugés non conformes, et il doit parfois repasser des examens ou accepter un déclassement professionnel. Cette histoire, vécue par des milliers d’étudiants et de professionnels congolais, pourrait bientôt appartenir au passé. Le lundi 1er juin, le Sénat a adopté à l’unanimité le projet de loi autorisant la ratification de la Convention mondiale de l’UNESCO sur la reconnaissance des qualifications de l’enseignement supérieur. Avec 79 voix pour, aucune contre et aucune abstention, la chambre haute a envoyé un signal fort : la République démocratique du Congo veut ouvrir ses talents au monde.
Derrière ce vote, une promesse concrète. La convention, adoptée par l’UNESCO en 2019, vise à harmoniser la reconnaissance des diplômes entre les pays signataires. Pour la RDC, cela signifie que les grades académiques délivrés par ses universités et instituts supérieurs bénéficieront désormais d’un cadre juridique international facilitant leur validation à l’étranger. Fini, en principe, les suspicions systématiques ou les équivalences interminables. Les étudiants et diplômés congolais pourront envisager une mobilité académique ou professionnelle sans craindre que leurs compétences soient remises en cause dès la frontière franchie.
Le débat sénatorial a révélé une prise de conscience des défis du système éducatif national. Beaucoup d’intervenants ont souligné que la fraude aux diplômes, véritable fléau, mine la crédibilité des institutions congolaises. En adhérant à cette convention, le pays s’engage à renforcer ses mécanismes internes de contrôle et de vérification des qualifications. Cela pourrait passer par la création d’un centre national d’information sur la reconnaissance académique, chargé de certifier l’authenticité des documents et de lutter contre les faux. Une avancée qui rassurera les partenaires étrangers et protégera les diplômés honnêtes.
L’impact social de cette décision est immense. Dans un pays où le chômage des jeunes atteint des sommets et où l’émigration est souvent perçue comme une issue, la reconnaissance internationale des diplômes ouvre des horizons. Un ingénieur formé à Lubumbashi pourra plus facilement postuler à un emploi au Canada ; une infirmière diplômée à Kisangani pourra envisager une carrière en France. Mieux, cette convention facilite aussi l’accès aux études supérieures à l’étranger, permettant aux étudiants congolais de concourir à armes égales pour des bourses ou des admissions. Cela ne freinera sans doute pas la fuite des cerveaux, mais cela leur offrira une reconnaissance à la hauteur de leur mérite.
Les autorités promettent que la ratification ne restera pas lettre morte. « Nous devons maintenant veiller à l’application effective de la convention », a déclaré un sénateur de la majorité, rappelant que le texte doit encore être promulgué par le président Félix Tshisekedi. Ce dernier, qui a fait de l’éducation une priorité affichée, devrait parapher la loi dans les prochains jours. Ensuite viendra le temps de la mise en œuvre : réviser les procédures d’évaluation, former les cadres administratifs, sensibiliser les établissements. Les partenaires techniques et financiers, comme l’UNESCO elle-même, pourraient accompagner ce processus.
Pour la société civile et les associations estudiantines, c’est une victoire après des années de plaidoyer. « Nous étions fatigués de voir nos diplômes traités comme de simples bouts de papier », témoigne un leader étudiant. La convention redonne espoir, mais les attentes sont à la hauteur des frustrations passées. Si le chemin vers la reconnaissance universelle est encore long, le vote du Sénat marque un tournant. Il dit au monde que la RDC prend au sérieux sa ressource la plus précieuse : sa jeunesse formée et ambitieuse. Et c’est tant mieux, car dans un monde globalisé, le savoir n’a pas de frontières, mais il a besoin de passeports crédibles. La convention de l’UNESCO pourrait bien être ce sésame.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
