La petite localité de Dingi, nichée au cœur de la province du Maniema, a vibré dimanche 31 mai au rythme d’un événement à la fois symbolique et crucial pour la biodiversité congolaise. Plus de quarante perroquets gris, préalablement réhabilités, ont retrouvé leur liberté dans leur habitat naturel, sous les regards émus de la population, des autorités et des partenaires techniques. Cette opération de relâcher, menée par la fondation Lukuru en collaboration avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), coïncidait avec la Journée mondiale des perroquets, offrant une résonance particulière à cette action de préservation.
Le perroquet gris (Psittacus erithacus), espèce emblématique des forêts d’Afrique centrale, est aujourd’hui menacé d’extinction. Classé « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), il paye un lourd tribut au trafic illicite d’animaux de compagnie. Sa remarquable intelligence et sa capacité à imiter la voix humaine en font l’une des espèces les plus prisées sur le marché noir international, alimentant un commerce dévastateur. Les braconniers capturent souvent les oisillons en abattant les grands arbres où ils nichent, détruisant au passage des pans entiers de forêt et compromettant la reproduction de l’espèce.
En République démocratique du Congo, le perroquet gris est intégralement protégé par la loi. Pourtant, le braconnage persiste, favorisé par la pauvreté, la faiblesse des contrôles et la forte demande extérieure. C’est dans ce contexte que la fondation Lukuru, sous la houlette de sa directrice nationale Terese Hart, a intensifié ses efforts. Depuis 2022, plus de 400 perroquets saisis des mains des trafiquants ont pu être sauvés, soignés et réintroduits dans la nature, un bilan qui témoigne d’une mobilisation croissante mais qui reste une goutte d’eau face à l’ampleur du fléau.
La cérémonie de Dingi s’est déroulée au centre de conservation local, un havre temporaire pour ces oiseaux recueillis, souvent dans un état critique après leur capture. Soignés, nourris et progressivement réadaptés à la vie sauvage, les perroquets ont ainsi retrouvé leur liberté sous les encouragements d’une foule consciente de l’enjeu. Le ministre provincial de l’Environnement, Mutoro Tambwe Josué, a tenu à adresser un message ferme : « Ceux qui capturent les perroquets doivent savoir qu’ils sont totalement protégés par les lois. L’impunité ne sera plus tolérée, face à ceux qui défient l’autorité de l’État. » Un avertissement qui se veut le prélude à un renforcement des contrôles et des sanctions.
Terese Hart, quant à elle, a mis l’accent sur la nécessité de s’attaquer à la racine du problème : la demande économique. « Il existe un vaste marché pour le perroquet gris à l’étranger. Notre souhait est qu’avec la diminution des captures, on assiste à une baisse de la demande pour ce commerce », a-t-elle expliqué. Cette approche implique une sensibilisation à l’échelle internationale, mais aussi un travail de fond auprès des communautés locales, pour qu’elles deviennent les premières protectrices de leur patrimoine naturel.
Les conséquences du trafic ne sont pas seulement d’ordre moral : elles sont écologiquement désastreuses. Le perroquet gris joue un rôle clé dans la dissémination des graines, contribuant à la régénération des forêts. Sa disparition progressive pourrait déséquilibrer durablement les écosystèmes du bassin du Congo, déjà fragilisés par la déforestation. Préserver cette espèce, c’est aussi sauvegarder la santé des forêts, puits de carbone essentiels à la lutte contre le changement climatique.
Pour endiguer le trafic, les autorités misent sur une collaboration étroite entre l’ICCN, les ONG comme la fondation Lukuru et les populations riveraines. Des campagnes de sensibilisation expliquent les enjeux de la conservation, tandis que des alternatives économiques sont proposées pour réduire la dépendance au braconnage. La réintroduction de ces perroquets à Dingi n’est donc pas un acte isolé : elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à refaire du perroquet gris un habitant familier et libre des cieux congolais.
Alors que le soleil déclinait sur la forêt du Maniema, les derniers vols de ces rescapés ont tracé un espoir : celui d’une coexistence apaisée entre l’homme et la nature. Reste à transformer ce symbole en une réalité durable, où le chant rauque du perroquet gris continuera de résonner pour les générations à venir.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
