Bunia, le 29 mai 2025 – Le gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya, n’a pas mâché ses mots. En marge d’un briefing presse consacré à la riposte contre l’épidémie d’Ebola, il a établi un parallèle direct entre la crise sanitaire et les opérations militaires qu’il mène depuis son arrivée à la tête de cette province sous état de siège.
« Il faut considérer Ebola comme une deuxième guerre », a-t-il lancé, rappelant que l’Ituri faisait déjà face à une « grande guerre » contre les groupes armés locaux et étrangers lorsqu’il a pris ses fonctions, il y a cinq ans. Pour lui, la lutte contre le virus ne diffère guère des combats sécuritaires : elle exige une mobilisation totale, une logistique sans faille et une chaîne de commandement efficace.
Le gouverneur militaire a insisté sur les similitudes entre les principes d’une opération militaire et ceux d’une réponse médicale. Premier point : l’installation. « Si vous ne parvenez pas à acheminer le matériel, à mettre en place les médicaments et les intrants, vous ne pouvez pas réagir efficacement », a-t-il expliqué, pointant du doigt les difficultés d’approvisionnement depuis Kinshasa vers l’Est du pays. Un goulet d’étranglement qui, selon lui, plombe la riposte.
Mais au-delà de l’urgence sanitaire, Johnny Luboya a saisi l’occasion pour défendre sa méthode de gouvernance, vivement critiquée par des élus nationaux. Depuis la proclamation de l’état de siège en mai 2021, les députés du Nord-Kivu et de l’Ituri s’inquiètent de la dégradation sécuritaire persistante, des attaques récurrentes des ADF et des prolongations interminables de ce régime d’exception. Face à ces reproches, le lieutenant-général a brandi sa stratégie d’« activités concurrentes » : mener de front opérations militaires et projets de développement.
« J’ai intégré les infrastructures dès la première phase et la deuxième phase des opérations », a-t-il martelé. Routes, pistes, connectivité aérienne : pour lui, ces réalisations ne sont pas un luxe, mais une condition sine qua non de la stabilisation. Il a cité en exemple les interventions américaines à l’étranger, où le volet infrastructurel accompagne toujours le volet militaire. « Ce ne sont pas des principes que j’ai inventés ici », a-t-il rétorqué à ses détracteurs, qu’il qualifie de « charlatans » qui ne connaissent rien aux réalités opérationnelles.
Aujourd’hui, se félicite-t-il, des gros porteurs en provenance de Kampala, d’Entebbe et de Kinshasa atterrissent directement à Bunia. Une prouesse logistique qui, selon lui, prouve la justesse de son anticipation. « Un commandant doit réfléchir très profondément afin de ne pas se retrouver bloqué à un moment donné », a-t-il souligné, visiblement agacé par les critiques.
Pourtant, sur le terrain, le bilan de l’état de siège reste mitigé. Les attaques des ADF continuent de endeuiller les populations et de s’étendre à des zones jusqu’ici épargnées. Les députés réclament des comptes, doutant de l’efficacité d’une mesure reconduite tous les quinze jours sans résultats tangibles. Dans ce contexte, les déclarations du gouverneur de l’Ituri apparaissent comme une tentative de justifier une approche militarisée qui, si elle a amélioré certaines infrastructures, n’a pas encore enrayé l’insécurité.
La lutte contre Ebola, elle, ne fait que commencer. Et Johnny Luboya entend bien la mener comme une guerre, avec ses phases, ses principes et sa rigueur. Reste à savoir si cette transposition de la doctrine militaire au champ sanitaire portera ses fruits dans une province fragilisée par des années de violence.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
