La situation alimentaire au Soudan du Sud se détériore rapidement. Selon les Nations unies, 56 % des 13 millions d’habitants, soit plus de 7,8 millions de personnes, sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Dans quatre comtés du pays, la famine menace directement les populations, prise en étau entre les combats et les inondations. Face à cette crise, le Programme alimentaire mondial (PAM) tire la sonnette d’alarme : il lui manque 266 millions de dollars pour empêcher le pire.
« Le Programme alimentaire mondial est très inquiet pour les nombreuses personnes coincées dans des régions inaccessibles du Soudan du Sud, où la faim et la malnutrition vont sans doute augmenter », a déclaré Tomson Phiri, porte-parole du PAM dans le pays. Il précise que « dans quatre comtés, il y a un risque réel de famine si la situation continue de se dégrader. Ces comtés n’ont rien connu d’autre que des conflits ces derniers temps et la majorité de leurs habitants sont pris en étau entre les inondations et les lignes de front. »
La reprise des hostilités et l’effondrement de l’accord de paix de 2018 ont plongé le pays dans une instabilité chronique. Si l’accès humanitaire s’est récemment amélioré dans certaines zones contrôlées par l’opposition, les besoins dépassent largement les capacités d’intervention. « Nous nous efforçons de mettre en place une réponse. Nous utilisons les rivières, les routes, et les airs pour tenter d’atteindre les gens qui ont besoin d’aide alimentaire », souligne Tomson Phiri, décrivant une « véritable course contre la montre ».
Le PAM cible actuellement 4,2 millions de personnes sur les 7,8 millions qui nécessitent une assistance d’urgence. Mais sans financements supplémentaires, l’agence onusienne pourrait être contrainte de réduire encore ses opérations. « Même parmi ces personnes ciblées, sans financements supplémentaires, nous risquons d’avoir à faire des choix très difficiles », avertit le porte-parole.
La crise est aggravée par un choc exogène : la guerre entre les États-Unis et l’Iran, qui perturbe le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Le blocage de cette voie stratégique a fait exploser le coût du carburant, une ressource vitale pour les opérations logistiques du PAM. Résultat : une facture supplémentaire de 3,2 millions de dollars par mois vient alourdir un budget déjà sous tension.
Cette conjonction de facteurs – conflit interne, dérèglement climatique, hausse des prix mondiaux – rend la réponse humanitaire de plus en plus complexe. Les agences de l’ONU craignent une détérioration rapide si la communauté internationale ne se mobilise pas d’urgence. Le Soudan du Sud, qui peine à se relever de décennies de guerre civile, risque de basculer dans une famine de grande ampleur, avec des conséquences humanitaires et sécuritaires pour toute la région.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
