AccueilActualitéPolitiqueThotho Mabiku : « Sans identification, pas d'élections en RDC »

Thotho Mabiku : « Sans identification, pas d’élections en RDC »

Kinshasa a abrité jeudi 28 mai une table ronde aux allures de sommet stratégique. Organisée par l’Institut de recherche Ebuteli, la rencontre a réuni société civile, opposition, acteurs de l’ONIP, de l’INS, de la CENI et représentants des confessions religieuses autour d’une question explosive : l’identification de la population en République démocratique du Congo. À deux ans des élections de 2028, ce thème refait surface tel un marronnier politique, chargé de non-dits et de calculs.

Le secrétaire exécutif de la CENI, Thotho Mabiku, n’a pas fait dans la demi-mesure. D’emblée, il a posé un diagnostic sévère : « Tant qu’on n’aura pas résolu la question de l’identification de la population, nous n’aurons pas de paix. » Une assertion qui lie directement le déficit documentaire à l’insécurité chronique de l’Est, où se mêlent, selon lui, infiltrations étrangères et revendications identitaires impossibles à vérifier. Mais derrière cette urgence sécuritaire, c’est un autre agenda qui s’est profilé.

Thotho Mabiku s’est prononcé, à titre personnel, en faveur d’un glissement du calendrier électoral. Trois ans supplémentaires, a-t-il suggéré, le temps de mener à bien le recensement et d’octroyer enfin une carte d’identité à chaque Congolais. Un plaidoyer qui résonne comme une remise en cause implicite de la légitimité des scrutins passés, entachés de contestations récurrentes sur le fichier électoral. La CENI identification, selon lui, devrait primer sur l’organisation hâtive d’élections.

Pourquoi tant d’empressement à lier carte d’identité et rendez-vous électoral ? La réponse est peut-être à chercher dans les chiffres fantaisistes de la démographie congolaise. « Tout le monde suppose : pour les uns, nous sommes 100 millions ; pour les autres, 120 millions. Mais qui ne sait pas qu’à Kinshasa nous sommes au-delà de 25 millions ? », a lancé le secrétaire exécutif. Un flou statistique qui arrange, il faut le dire, bien des acteurs politiques. Car sans recensement RDC fiable, comment établir un corps électoral incontestable ? La question rhétorique cache une manœuvre : en conditionnant les élections à l’identification, on déplace le débat de la conquête du pouvoir vers la maîtrise des registres.

La carte d’identité nationale, ce Graal promis par Félix Tshisekedi dès son accession à la magistrature suprême en 2019, demeure introuvable. La population congolaise, privée de ce document depuis 1984, avait pourtant cru à la concrétisation d’une promesse présidentielle réitérée. L’épisode du contrat avec le consortium Afritech-Idemia, d’un montant pharaonique de 1,2 milliard de dollars, a tourné au fiasco après que l’Inspection générale des finances a dénoncé une surfacturation massive. Annulation du marché, enquêtes internationales : la quête de la carte identité RDC a viré au scandale, laissant un goût amer de gâchis.

Thotho Mabiku invite aujourd’hui la société civile et l’opposition à faire de l’identification leur « cheval de bataille » plutôt que de réclamer des élections. « Plutôt que de réclamer des élections, revendiquez l’identification de la population », a-t-il lancé. Ce renversement rhétorique interroge : l’identification population RDC devient-elle une priorité absolue ou un habillage commode pour justifier un statu quo prolongé ? L’histoire politique congolaise regorge de glissements savamment orchestrés au nom d’impératifs techniques, transformant les promesses en mirages.

Alors que la nation s’achemine vers 2028, l’exécutif et la centrale électorale pourraient bien trouver dans cet appel à l’identification un levier pour redessiner le tempo démocratique. Reste à savoir si la société civile, échaudée par des années de reports et de promesses non tenues, mordra à cet hameçon. Une chose est sûre : sans volonté politique réelle et sans gestion transparente, la carte d’identité restera ce symbole inaccessible, et avec elle, la promesse d’élections véritablement inclusives.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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