L’alerte du Fonds monétaire international (FMI) sur l’explosion de la masse salariale publique en République démocratique du Congo n’est pas restée sans réponse. Face au constat de l’institution de Bretton Woods qui pointe ce phénomène comme un risque budgétaire majeur, le gouvernement congolais a réaffirmé, lundi 18 mai 2026, sa détermination à rationaliser les effectifs de la Fonction publique. Le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Modernisation de l’administration et Innovation du service public, Jean-Pierre Lihau, a livré ces assurances lors de la présentation du rapport La Fonction publique en chiffres.
Ce document, fruit d’une étude scientifique menée sur une année, compile des données issues de sources officielles comme les rapports du FMI, les calculs de la SEMRAP, les documents budgétaires et les chiffres de la Banque centrale du Congo. « Les données qui sont là ne sont pas des données inventées. Nous les tirons des différents rapports du FMI, des différentes sources, des calculs effectués sur SEMRAP, du ministère du Budget, des différents rapports de la Banque centrale du Congo, mais aussi des différents documents d’exécution budgétaire », a précisé Jean-Pierre Lihau, soulignant la rigueur de la démarche. L’objectif ? Permettre une meilleure gestion des ressources humaines de l’État et répondre aux observations du FMI.
L’alerte FMI sur les salaires en RDC a notamment mis en lumière une masse salariale qui grimpait à un rythme préoccupant, atteignant 39,19 % des recettes internes, bien au-delà du seuil de 35 % fixé dans le cadre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Pour y faire face, le gouvernement a engagé plusieurs mesures salariales. Il s’agit d’abord de lutter contre la pléthore et les recrutements irréguliers, puis de réduire les écarts dans l’attribution des primes, et enfin de maintenir la masse salariale dans les clous. « Nous nous battons pour le faire redescendre davantage », a déclaré le ministre, évoquant une alerte donnée par le ministère des Finances pour 2025 et 2026.
Dans cette optique, le président Félix Tshisekedi a instruit un audit de l’état liquidatif de la paie en RDC. L’audit paie RDC doit permettre d’identifier les causes de l’augmentation de la masse salariale malgré l’absence de nouveaux recrutements dans la fonction publique. « C’est dans ce cadre qu’un audit a été diligenté par le Chef de l’État […] Je pense que bientôt vous aurez le rapport et les recommandations qui vont en découler pour nous permettre de revenir à la normalité », a rassuré Jean-Pierre Lihau. Ce signal fort répond aussi à l’instruction donnée lors du 79e Conseil des ministres, où le président avait exigé des résultats sous trente jours pour garantir la soutenabilité des finances et la régularité des paiements de salaires.
Le dernier rapport du FMI sur la Facilité élargie de crédit souligne que la hausse rapide des rémunérations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice, pèse sur l’exécution budgétaire et réduit l’espace fiscal dans un contexte déjà contraint par les dépenses de sécurité. Entre ajustements salariaux, recrutements et régularisations administratives, la dynamique a dépassé les niveaux programmés, accentuant les pressions sur les dépenses courantes en 2024–2025. La rationalisation de la fonction publique en RDC devient donc une urgence absolue.
Le gouvernement, confronté à une équation budgétaire complexe, entend transformer ces alertes en catalyseur de réformes profondes. La publication prochaine du rapport d’audit pourrait lever le voile sur les dérives du système et donner des clés pour une gestion plus transparente. Alors que la crédibilité du programme FEC dépend en grande partie de ces efforts, les regards restent tournés vers l’exécutif. Parviendra-t-il à ramener la masse salariale à un niveau soutenable sans compromettre le fonctionnement des services publics ? L’avenir budgétaire du pays en dépend.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
