Le bal des alliances autour de la révision constitutionnelle en RDC ne cesse de s’élargir. Ce jeudi 21 mai, le secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Augustin Kabuya, a reçu à Kinshasa le président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC), Modeste Bahati Lukwebo. Objet de la rencontre : sceller l’adhésion du poids lourd du Sud-Kivu à la très commentée plateforme C4, nouveau bras armé de la majorité pour promouvoir le changement ou la révision de la loi fondamentale.
En réalité, l’issue de cette concertation ne surprend guère. Depuis la rupture de la coalition FCC-CACH et la mise en place de l’Union sacrée de la nation, Bahati Lukwebo n’a jamais dissimulé son alignement derrière le chef de l’État Félix Tshisekedi. Pourtant, officialiser son ralliement à la plateforme C4, c’est franchir un cap supplémentaire dans la recomposition d’un paysage politique où chaque acteur calcule le prix de sa fidélité. « Je suis venu répondre à l’invitation de l’honorable SG de l’UDPS autour de l’idée qu’il a lancée pour la plateforme C4 », a-t-il sobrement déclaré, tout en rappelant que l’UDPS et l’AFDC restent des « partis phares de l’Union sacrée ». Une manière habile de transformer une manœuvre politique en démonstration de loyauté.
Mais que pèse réellement ce ralliement ? Pour l’UDPS, l’arrivée de Bahati, avec sa capacité de mobilisation dans l’Est du pays, offre à la dynamique C4 une caution provincialiste essentielle. La plateforme ne se contente plus d’être une initiative kinoise ; elle bénéficie désormais d’un relais dans les anciens bastions de l’opposition, là où la contestation anti-changement constitutionnel pourrait être la plus vive. « Nous avons échangé autour de la question et maintenant il reste comment matérialiser cela, en défendant la Constitution et lui donner une nouvelle forme », a expliqué Bahati, promettant de marcher « côte-à-côte » avec le parti présidentiel.
Le président de l’AFDC a surtout veillé à ne laisser aucune ambiguïté sur sa docilité face aux orientations du pouvoir. « Nous sommes tout à fait derrière le Chef de l’État pour tout ce qu’il va nous dire. Nous voulons changer ? On va changer, nous voulons réviser ? On va réviser et nous allons le matérialiser de manière intelligente », a-t-il martelé. Ce crédo, prononcé au siège d’un parti dont il fut pourtant un adversaire historique, illustre jusqu’à quel point la question constitutionnelle rebat les cartes idéologiques. Bahati, jadis critique de certaines dérives autoritaires, endosse aujourd’hui le costume du soldat discipliné, prêt à métamorphoser la loi suprême sur simple mot d’ordre.
Du côté d’Augustin Kabuya, l’heure est à l’apaisement rhétorique. Conscient des accusations de passage en force, le SG de l’UDPS préfère présenter la bataille constitutionnelle comme un conflit de visions légitimé par le peuple. « Nous ne sommes pas en compétition. Ils ont lancé leur dynamique qui s’oppose au changement de la Constitution, et nous avons mis en place notre dynamique C4 pour le changement de la Constitution. Dans le contexte actuel, c’est la population qui va nous départager, et c’est ça même l’expression démocratique », a-t-il déclaré, renvoyant dos à dos les deux blocs comme s’il s’agissait d’une compétition électorale. La métaphore démocratique a ses limites, surtout lorsque la victoire du camp révisionniste semble se jouer davantage dans les salons feutrés des alliances politiques que dans les urnes.
En toile de fond, cette recomposition s’inscrit dans un bras de fer plus large. Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Matata Ponyo, réunis dans une plateforme opposée au changement, multiplient les mises en garde contre ce qu’ils qualifient de dérive monarchique. Face à eux, la plateforme C4 ambitionne de fédérer les forces présidentielles et de transformer le débat institutionnel en référendum implicite sur la popularité de Tshisekedi. L’entrée de Bahati Lukwebo amplifie cette mécanique. À court terme, elle pourrait décourager d’autres hésitants de la majorité et accélérer la mise en œuvre du processus de révision constitutionnelle en RDC.
Mais le triomphalisme affiché a-t-il réellement de quoi rassurer le palais de la nation ? La politique de l’affichage et des ralliements spectaculaires ne comble pas le déficit d’adhésion populaire que redoutent, en privé, certains cadres de la majorité. L’opposition, bien que divisée, capitalise sur la peur de voir la Constitution de 2006 démantelée au profit d’un nouvel ordre politique sur mesure. Et si Bahati Lukwebo est aujourd’hui un allié précieux, son ralliement n’efface pas les réticences qui persistent, y compris au sein de l’Union sacrée, où plusieurs éléments modérés redoutent l’aventure révisionniste. Les prochaines semaines diront si la plateforme C4 est une simple machine à fabriquer du consensus ou le vrai catalyseur d’un changement constitutionnel en profondeur. Pour l’heure, les lignes sont tracées, les alliances affichées, et le débat ne demande qu’à s’enflammer.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
