Imaginez un virus mortel, cousin redoutable d’Ebola, mais pour lequel aucun vaccin ni traitement éprouvé n’existe encore. C’est la réalité brutale à laquelle l’est de la République démocratique du Congo est confronté depuis quelques jours. La souche Bundibugyo, une variante du virus Ebola identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007, a fait son apparition en Ituri, déclenchant une mobilisation sanitaire sans précédent. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a rapidement classé l’épidémie en cours en RDC et en Ouganda comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI), un signal d’alarme planétaire pour une région déjà fragilisée.
Bundibugyo tire son nom d’un district ougandais où elle a été découverte. Contrairement à la souche Zaïre, contre laquelle un vaccin existe, cette souche reste orpheline de solution préventive ou curative approuvée. Une lacune scientifique qui transforme chaque nouveau cas en une course contre la montre. Comment alors protéger les populations de l’Ituri épidémie quand l’arme biologique fait défaut ? La réponse passe par un renforcement massif des mesures de contrôle et un financement d’urgence.
Le Royaume-Uni vient de répondre présent avec une contribution majeure de 20 millions de livres sterling, soit environ 27 millions de dollars américains. Ce financement UK Ebola s’ajoute à un premier million de livres déjà annoncé pour contenir l’épidémie. Selon le ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, ces fonds doivent servir à muscler la surveillance épidémiologique, à équiper les intervenants de première ligne en équipements de protection, à améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, et à garantir des soins vitaux pour les communautés touchées. Une enveloppe qui, si elle est utilisée rapidement et efficacement, pourrait faire la différence entre une flambée circonscrite et une catastrophe humanitaire.
Mais cet argent ne tombe pas dans un territoire vierge. L’Ituri, en proie à des conflits armés récurrents, compte déjà 5,6 millions de déplacés internes, dont environ 2,5 millions d’enfants. Environ une personne sur sept y a besoin d’une aide humanitaire. L’arrivée d’Ebola RDC dans ce contexte est comme jeter de l’huile sur un feu : les centres de santé débordés, les mouvements de population incessants et la méfiance envers les autorités compliquent tout. Le consortium SAFER (Strategic Assistance for Emergency Response), financé par le Royaume-Uni, va donc réorienter des fonds pour distribuer des kits d’hygiène, désinfecter les points d’eau et protéger les maternités, car le risque de complications à la naissance et de violences sexuelles augmente en période épidémique.
Pour les habitants de l’Ituri, la question n’est plus de savoir si le virus va circuler, mais comment s’en protéger au quotidien. La souche Bundibugyo se transmet comme les autres Ebola : par contact direct avec le sang, les sécrétions ou les fluides corporels d’une personne infectée, vivante ou décédée. Les premiers symptômes, souvent confondus avec le paludisme ou la typhoïde, sont une fièvre brutale, des courbatures intenses, des maux de tête, suivis de diarrhée, de vomissements et parfois de saignements. Agir vite, c’est sauver des vies. Si vous ou un proche présentez ces signes, appelez immédiatement les équipes d’intervention sans manipuler le malade.
Les autorités sanitaires congolaises, appuyées par l’OMS urgence santé publique, ont déjà commencé à déployer des laboratoires mobiles, à former des agents communautaires et à multiplier les messages de prévention en langues locales. Chaque geste compte : se laver régulièrement les mains à l’eau et au savon, éviter les attouchements lors des enterrements, signaler tout décès suspect, et encourager les survivants à partager leur expérience pour déconstruire les rumeurs.
Avec 20 millions de livres sterling, le Royaume-Uni envoie un message clair : l’Ebola ne doit pas redevenir cette hécatombe qu’elle fut en Afrique de l’Ouest. Mais l’argent seul ne suffira pas. La bataille contre cette épidémie se gagnera aussi dans les cœurs et les esprits. Alors, à quand remonte votre dernière information sur les gestes barrières ? En ces temps incertains, être bien informé, c’est déjà se protéger. Et protéger les siens.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
