Que vaut un bouclier fissuré face à un ennemi invisible ? Dans la lutte contre Ebola en Ituri, la question se pose avec une acuité alarmante. À Bunia, le marché des désinfectants pour mains, censé constituer la première ligne de défense collective, est gangrené par des produits périmés ou frelatés. Derrière l’apparente abondance de gels hydroalcooliques vendus en pharmacies, dans les boutiques et jusque dans les mains des vendeurs ambulants, se cache une menace méconnue : l’inefficacité microbiologique qui peut transformer un geste de protection en porte ouverte à la contamination.
L’alerte a été lancée par la société civile et les défenseurs des droits de l’homme de Bunia. Ils dénoncent ce qu’ils appellent un véritable « sabotage sanitaire ». Selon leurs témoignages, de nombreux flacons de gel hydroalcoolique sont non seulement arrivés à expiration, mais certains ont été coupés à l’eau par des commerçants peu scrupuleux. « Hier encore, j’ai acheté un désinfectant périmé. Je n’ai pas pensé à vérifier la date de péremption parce que nous faisons confiance aux pharmacies où nous achetons ces produits. Vraiment, nous sommes déçus », confie une habitante de Bunia, le désarroi dans la voix.
Le stratagème le plus pernicieux décrit par les activistes est la falsification des étiquettes. Certains revendeurs vont jusqu’à apposer de fausses dates de fabrication et de péremption, redonnant ainsi une virginité artificielle à des lots périmés depuis longtemps. Maître Eddy Makindu, acteur de la société civile locale, ne cache pas son indignation : « Coller de nouvelles étiquettes avec de fausses dates de péremption… Je trouve personnellement que c’est un sabotage sanitaire. » Une pratique mafieuse qui met en danger les milliers de Congolais qui, chaque jour, se frictionnent consciencieusement les mains en toute bonne foi.
Pour comprendre le péril, il faut se tourner vers les experts en santé publique. Un gel hydroalcoolique, expliquent-ils, doit contenir une concentration d’alcool précise (généralement au moins 60%) pour détruire l’enveloppe lipidique du virus Ebola. Avec le temps, l’alcool s’évapore ou se dégrade, surtout si le flacon est mal fermé ou conservé à la chaleur. L’utiliser revient alors à se rassurer sans se protéger. Pire : ce faux sentiment de sécurité peut conduire à négliger les mesures barrières essentielles, comme le lavage à l’eau et au savon ou la distanciation physique. « Contrairement à ce qu’on croit, un désinfectant périmé n’est pas simplement moins efficace, il devient un vecteur de risque puisqu’il endort la vigilance collective », alerte un spécialiste. En clair, ces gels hydroalcooliques frelatés pourraient accélérer la propagation du virus Ebola en Ituri, plutôt que la freiner.
Face à cette situation, la division provinciale de l’Économie a réagi. Son chef a promis le déploiement rapide d’inspecteurs pour contrôler les circuits de vente, saisir les stocks non conformes et sanctionner les contrevenants. Une opération de contrôle qualité en Ituri qui s’annonce cruciale. Mais au-delà des promesses, la société civile insiste sur l’urgence : chaque jour qui passe, des familles entières s’exposent inutilement.
Comment se prémunir, alors, contre ces désinfectants périmés à Bunia ? La première règle, enseignent les pharmaciens, est de toujours vérifier la date de péremption avant l’achat. Regardez également l’aspect du gel : s’il est trouble, qu’il dépose des résidus ou qu’il sent l’alcool éventé, méfiez-vous. Privilégiez les officines reconnues et refusez les flacons dont l’étiquette semble avoir été décollée puis recollée. Si vous avez un doute, n’hésitez pas à le signaler aux autorités sanitaires ou à la société civile locale. La lutte contre Ebola est l’affaire de tous, et la transparence du marché des désinfectants en est un maillon indispensable.
La riposte contre l’épidémie ne se gagne pas seulement dans les centres de traitement. Elle se joue aussi dans les gestes quotidiens de chaque citoyen. En achetant un gel frelaté, on croit se protéger alors qu’on offre au virus un allié silencieux. La vigilance est notre meilleur rempart. Alors, avant de tendre la main vers un flacon, accordez-lui le même regard critique que celui que vous porteriez à un aliment périmé. Votre santé vaut bien ces quelques secondes d’attention.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
