La peur au ventre, Jean-Pierre* a bondi de son siège lorsque les premières flammes ont jailli. « J’ai vu une lueur orange, puis de la fumée. J’ai cru que tout allait exploser », raconte-t-il, la voix encore tremblante. Agent de piste à l’aéroport international de N’djili, il faisait partie des dizaines de travailleurs qui ont fui le terminal des départs internationaux ce mercredi 20 mai en soirée. Un incendie venait de se déclarer dans le bureau de la compagnie Ouganda Airlines, semant un vent de panique dans cette infrastructure pourtant sous haute surveillance.
L’alerte a été donnée vers 19 heures. Selon les premiers éléments, c’est un court-circuit au niveau d’un climatiseur qui a déclenché le sinistre. La réaction en chaîne n’a pas trainé : les étincelles ont gagné les câbles électriques, et le feu s’est rapidement propagé au mobilier de bureau. « Heureusement, les extincteurs étaient à portée de main », confie un responsable de la compagnie aérienne, qui a assisté à la scène. Les employés présents, bien que pris de panique, ont réussi à circonscrire les flammes avant l’arrivée des renforts. L’incendie de N’djili, survenu dans le terminal de la commune de N’sele, n’aura duré que quelques minutes, mais la frayeur, elle, restera.
Pourtant, comment expliquer qu’un simple appareil électrique puisse mettre en danger des centaines de vies ? Les investigations préliminaires pointent une négligence : l’imprimante et l’ordinateur du bureau d’Ouganda Airlines étaient restés branchés, ajoutant une charge excessive à un réseau déjà vétuste. À Kinshasa, ce genre d’incident survient trop souvent, et l’aéroport international n’est pas épargné. Cet incendie évité de justesse rappelle une actualité brûlante : celle de la sécurité électrique dans les édifices publics.
Interrogé, un technicien sous couvert d’anonymat lâche : « On nous demande de faire des miracles avec des installations qui datent de l’époque coloniale. » À N’sele et ailleurs, la multiplication des départs de feu dus aux courts-circuits interroge. Faut-il attendre une catastrophe pour que des audits sérieux soient menés ? Le terminal de N’djili, vitrine de la République démocratique du Congo, accueille quotidiennement des voyageurs du monde entier. Pourtant, ses équipements semblent plus fragiles que jamais.
Du côté d’Ouganda Airlines, on tente de rassurer. Aucun vol n’a été perturbé, et les dégâts se limitent à du matériel de bureau : un ordinateur, une imprimante, quelques chaises calcinées. Pour évacuer la fumée âcre, les auvents de la toiture ont été ouverts, donnant une image de vulnérabilité à cette aérogare modulaire. Mais au-delà des pertes matérielles, c’est la question de la prévention qui se pose avec acuité. Les extincteurs à main, qui ont sauvé la mise, sont-ils suffisamment nombreux et vérifiés ? Les employés sont-ils formés à gérer une montée de panique ?
Cet incident à l’aéroport de N’sele s’ajoute à une série noire d’actualités incendie à Kinshasa. Marchés, habitations, bâtiments administratifs : le moindre court-circuit peut virer au drame. La capitale congolaise a connu ces derniers mois plusieurs sinistres meurtriers, souvent imputés à des installations électriques défaillantes. Le bureau d’Ouganda Airlines Kinshasa n’est pas le premier à être touché, mais sa localisation stratégique en fait un signal d’alarme : que se serait-il passé si le feu avait atteint les réservoirs de kérosène ?
Pendant ce temps, les témoins cherchent encore leurs esprits. « Je me suis dit que c’était la fin, comme au marché de Matadi Kibala », murmure une agente de comptoir, les yeux rougis. Cette référence à l’incendie tragique de février 2023, qui avait coûté la vie à 26 personnes, n’est pas anodine. Elle traduit une peur collective, presque banale, qui habite les Kinois au quotidien. À N’djili, ce ne sont pas des flammes dévastatrices qui ont marqué cette soirée, mais un violent rappel à l’ordre. La sécurité ne peut plus être une option.
Alors, que retenir de ce feu sans gravité ? Que la chance a souri, cette fois, aux passagers et au personnel. Mais peut-on vraiment bâtir l’avenir sur la seule bonne fortune ? L’aéroport de N’djili, poumon économique du pays, mérite bien mieux que des extincteurs comme ultimes remparts. Les autorités de la Régie des voies aériennes (RVA) et les compagnies doivent tirer les leçons de cet incident. Le temps des discours est révolu : il faut des actes, des investissements, et une vraie culture du risque. Car lorsqu’un simple court-circuit au terminal de Kinshasa fait trembler tout un pays, c’est le signe que le système est malade. Et le prochain patient pourrait ne pas s’en remettre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
