C’est un atelier d’une importance capitale qui s’est ouvert ce 18 mai à Kinshasa : le ministère des Relations avec le Parlement a entamé un vaste chantier de relecture de son cadre organique. Pendant dix jours, cadres et agents plancheront sur les structures de leur Secrétariat général, avec une ambition affichée : doter la République d’une administration publique moderne, efficace et adaptée aux exigences du moment. Un discours rodé, mille fois entendu. Mais cette fois, la présence du vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau Ebua, et l’appui de ses experts donnent à la démarche un écho particulier.
Car derrière l’apparente technicité des organigrammes se joue bien plus qu’une simple réorganisation des bureaux. Le cadre organique du ministère des Relations avec le Parlement définit l’ossature même de l’administration censée assurer le rôle de trait d’union entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif – Assemblée nationale et Sénat. Une fonction névralgique, en somme, qui exige des compétences pointues et des effectifs dimensionnés. Or, depuis des lustres, ce ministère traîne une réputation de parent pauvre, souvent perçu comme une simple antichambre politique où les dossiers s’entassent sans grand impact sur la fluidité des liens entre le Gouvernement et le Parlement.
L’atelier Kinshasa entend donc renverser la table. Le ministre d’État Marc Ekila Likombo, ouvrant les travaux au nom de son collègue des Relations avec le Parlement, a invité les participants à « s’impliquer pleinement dans cette réforme administrative RDC ». Une exhortation qui sonne comme un aveu : sans adhésion des agents, la plus belle des architectures restera lettre morte. Les débats, alimentés par les spécialistes de la Fonction publique, devront accoucher d’un texte précis – structuration des services, définitions des postes, révision des effectifs – distinct du cabinet politique, ce qui, en soi, constitue une petite révolution dans un pays où la frontière entre administration technique et entourage partisan demeure souvent poreuse.
Mais peut-on vraiment espérer une mue de l’administration congolaise par la simple magie d’un atelier ? La question mérite d’être posée. Les cimetières de la réforme en RDC sont pleins de plans stratégiques adoptés dans l’enthousiasme et aussitôt oubliés. Le défi ne tient pas seulement à la cohérence du nouveau cadre organique, mais à sa capacité à résister aux pressions politiques, aux logiques clientélistes et au manque chronique de moyens. La vision du Gouvernement de bâtir une administration publique moderne se heurtera inévitablement à ces écueils, et c’est à la solidité du texte final que l’on mesurera la portée réelle de l’engagement.
En attendant, l’atelier Kinshasa offre une fenêtre rare : celle d’un ministère qui tente de se réinventer de l’intérieur, sous le regard d’une Fonction publique déterminée à reprendre la main. Si le processus aboutit à un document opérationnel et non à un énième rapport poussiéreux, le ministère des Relations avec le Parlement pourrait bien devenir le laboratoire inattendu d’une réforme administrative RDC crédible. Les prochaines étapes – adoption, formation des agents, basculement effectif – diront si Kinshasa a simplement accouché d’une nouvelle intention ou d’un véritable tournant. L’exécutif, comme le législatif, ont les yeux rivés sur cette expérience. Car en définitive, la qualité de leur dialogue quotidien en dépend.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
