En Ituri, la menace silencieuse d’Ebola s’intensifie. Selon le dernier bulletin épidémiologique de la Division provinciale de la santé (DPS), dévoilé ce lundi 18 mai 2026, la province cumule désormais 513 cas suspects de la maladie à virus Ebola et 131 décès suspects d’Ebola. Cette flambée d’Ebola Ituri fait craindre le pire dans une région déjà fragilisée par des années de conflits armés et de déplacements massifs de populations.
Ces chiffres, communiqués par la conseillère du gouverneur militaire en charge de la santé, le Docteur Jeanne Alasha, donnent le tournis. « La situation épidémiologique reste préoccupante », a-t-elle déclaré, confirmant par ailleurs que 30 cas ont été positivement identifiés après des tests en laboratoire. Mais ce sont surtout 541 personnes contacts qui sont aujourd’hui sous étroite surveillance médicale. Un réseau de potentiels porteurs du virus qui pourrait, si la riposte faiblit, transformer l’épidémie Ituri en catastrophe sanitaire nationale.
Face à cette progression, une question légitime taraude l’esprit des professionnels de santé RDC : comment contenir l’invisible ? Le virus Ebola, transmis par les fluides corporels d’une personne infectée, agit avec une discrétion redoutable. Les premiers symptômes – fièvre, fatigue, maux de tête – ressemblent à ceux d’une grippe sévère. Puis, en quelques jours seulement, il peut provoquer des hémorragies internes et externes massives, conduisant à la mort dans 25 à 90 % des cas, selon les souches. En Ituri, le fait que les 131 décès suspects d’Ebola concernent des patients ayant présenté des signes compatibles avec la maladie est un signal d’alarme. Seuls les tests biologiques, réalisés dans des laboratoires mobiles déployés avec l’aide de l’OMS, permettent de trancher.
L’analogie est simple : suivre les cas contacts, c’est comme chercher les mailles d’un filet de pêche aux trous multiples. Chaque personne identifiée est isolée et surveillée pendant 21 jours – la durée maximale d’incubation. Mais en Ituri, où l’insécurité empêche parfois les équipes de se rendre dans certains villages, ces mailles restent trop lâches. « Les déplacements des populations et les difficultés d’accès compliquent les interventions sanitaires », reconnaît-on à la DPS. D’où une crainte, exprimée par plusieurs acteurs de la santé RDC, d’une propagation bien plus importante si les efforts de riposte ne sont pas rapidement renforcés.
Dans ce contexte, la prévention devient vitale. La DPS appelle la population au respect strict des mesures barrières : lavage régulier des mains à l’eau chlorée, évitement de tout contact avec des personnes fiévreuses ou présentant des saignements, et surtout, collaboration franche avec les équipes médicales. Trop de rumeurs circulent encore sur l’existence d’Ebola, poussant certains à cacher des malades ou à pratiquer des enterrements traditionnels à risque. Sensibiliser, c’est aussi lutter contre la peur et la désinformation.
Alors, l’Ituri peut-elle éviter le scénario catastrophe qui a frappé l’Ouest africain entre 2014 et 2016, causant plus de 11 000 morts ? La réponse dépend de la mobilisation collective. Les 513 cas suspects d’Ebola actuels – dont 30 officiellement confirmés – ne doivent pas devenir les prémices d’un désastre. Chaque geste compte : un simple lavage des mains peut barrer la route à un virus 100 fois plus petit qu’un globule rouge. La santé RDC est un bien commun, et c’est en gardant les yeux grands ouverts que l’on stoppe Ebola, un ennemi qui ne dort jamais.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
