Une véritable course contre la montre. L’épidémie d’Ebola en Ituri et dans le Nord-Kivu connaît une flambée brutale. Selon les derniers chiffres communiqués par le gouvernement congolais, 118 personnes ont perdu la vie en l’espace de seulement 72 heures, sur un total de 435 cas suspects recensés dans les deux provinces. Un bilan qui alourdit encore un peu plus le nombre de morts d’Ebola en RDC, rappelant la dangerosité persistante de ce virus hémorragique.
Lors d’un point de presse tenu lundi 18 mai à Kinshasa, Patrick Muyaya, porte-parole de l’exécutif, a confirmé la détérioration de la situation épidémiologique. « Nos équipes sont en train d’identifier des cas suspects. A ce jour, on compte 118 décès. Ces cas font encore l’objet d’analyses pour déterminer s’ils sont effectivement liés au virus », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant l’inquiétude légitime de la population.
L’extension géographique de la maladie interpelle. Deux nouvelles zones de santé ont été touchées : Katwa, déjà éprouvée par de précédentes épidémies, et Goma, la capitale du Nord-Kivu. Cette ville d’un million d’habitants, carrefour commercial et humanitaire régional, voit désormais le virus Ebola frapper à ses portes. La menace d’une propagation urbaine incontrôlée est prise très au sérieux par les autorités sanitaires, car elle pourrait démultiplier le nombre de contaminations.
Face à ce regain épidémique, le gouvernement appelle à ne pas céder à la panique tout en exigeant une discipline sanitaire absolue. Les mesures barrières Ebola doivent redevenir des réflexes vitaux. Concrètement, Patrick Muyaya a martelé l’importance du port systématique du masque, du lavage régulier des mains à l’eau et au savon ou avec de la cendre — une ressource disponible dans la plupart des foyers congolais —, et de l’évitement de tout contact physique à risque. Comme une muraille érigée autour de chaque individu, ces gestes simples peuvent couper la chaîne de transmission.
Le porte-parole a également abordé un aspect souvent négligé : l’alimentation. Il a exhorté la population à ne pas consommer de viande boucanée insuffisamment cuite, car le virus peut survivre dans la chair animale. La chauve-souris et certains gibiers constituent en effet des réservoirs naturels du pathogène. Une recommandation qui rejoint celle de la FAO et de l’OMS, mais qui se heurte parfois aux habitudes culinaires locales.
Mais au-delà des consignes pratiques, le gouvernement veut briser les fausses croyances. « Ebola n’est pas une maladie mystique », a insisté Patrick Muyaya, dénonçant les rumeurs qui attribuent l’épidémie à des forces occultes ou à des complots. Cette clarification est cruciale dans des communautés où le recours aux tradipraticiens et le déni de la réalité médicale peuvent favoriser la propagation du virus. Le virus Ebola n’a rien de surnaturel : c’est un filovirus redoutablement contagieux, mais dont la transmission peut être stoppée par l’isolement des malades et l’adoption d’une hygiène stricte.
Sur le terrain, les équipes de la riposte sont « à pied d’œuvre », a assuré le porte-parole. Des équipes mobiles sillonnent les zones affectées pour identifier les cas contacts, sensibiliser les familles et organiser les enterrements dignes et sécurisés. L’objectif est d’étouffer l’épidémie avant qu’elle n’atteigne des proportions encore plus dramatiques. Mais le succès de cette lutte ne dépend pas seulement des professionnels de santé. Chaque Congolais a un rôle à jouer. En présence d’une fièvre brutale, de vomissements ou de saignements chez un proche, il faut immédiatement alerter le centre de santé le plus proche sans tenter de soins à domicile.
A l’heure où le nombre de décès imputables à Ebola en RDC franchit une nouvelle barre symbolique, la question est sur toutes les lèvres : comment enrayer durablement ces flambées successives ? La réponse tient dans la conjugaison des efforts : surveillance épidémiologique renforcée, vaccination des populations à risque, et surtout, appropriation des gestes barrières par chaque citoyen. Le virus ne se déplace pas seul ; c’est notre comportement qui lui sert de véhicule.
En attendant la confirmation définitive de tous les cas par les analyses en laboratoire, les chiffres communiqués par Patrick Muyaya imposent un sursaut collectif. L’épidémie d’Ebola en Ituri et au Nord-Kivu rappelle que ce virus, sans traitement curatif miracle, reste une menace bien réelle. Le respect des mesures sanitaires n’est pas une option, c’est une question de survie.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
