Dans un contexte de crise sécuritaire persistante dans l’Est de la RDC, la question du statut légal des Wazalendo est devenue un enjeu brûlant. Vendredi 15 mai, à Kinshasa, le café politique organisé par la Dynamique des politologues (DYPOLE) a été le théâtre de débats sans concession. Une étude présentée à cette occasion lance un cri d’alarme : sans une clarification juridique urgente, ces groupes d’autodéfense pourraient fragiliser davantage l’autorité de l’État.
Tenue au Cercle Elaïs, la rencontre a réuni un panel hétéroclite : représentants du gouvernement, officiers des FARDC, membres des Wazalendo et acteurs de la société civile, avec l’appui de la Fondation Friedrich Ebert. L’objectif était d’analyser le cadre légal de ces milices citoyennes, leur encadrement, leur financement, et les risques de fragmentation du pouvoir étatique. Mais aussi, de dessiner des perspectives de démobilisation une fois la crise sécuritaire RDC résorbée.
Face à la rébellion du M23, les Wazalendo se sont levés pour épauler les forces armées. Pourtant, cette mobilisation, aussi saluée soit-elle, suscite de vives inquiétudes. Les exactions contre les civils se multiplient, et l’absence de base juridique claire transforme ces volontaires en acteurs incontrôlables. Comment l’État peut-il tolérer des groupes armés sans statut officiel ? La question a traversé les interventions.
« Les discussions ont porté sur le statut légal des Wazalendo, leur prise en charge et leur avenir après la guerre », a expliqué Constantin Grund, de la Fondation Friedrich Ebert. Un constat partagé par les participants, qui ont souligné le vide juridique entourant ces combattants. Sans reconnaissance légale, leur action échappe à tout contrôle, et les dérives prolifèrent. La coordinatrice de l’Asbl Dignité Humaine, Élodie Tamozinda, a dénoncé sans détour le manque de coordination sur le terrain et les abus répétés contre les populations, notamment des déplacements forcés et des exécutions sommaires.
Le café politique DYPOLE a aussi abordé la question épineuse du financement. Qui arme et nourrit ces Wazalendo ? L’opacité des circuits alimente les soupçons de détournement et de compromission avec des intérêts privés. Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), tout en collaborant avec eux, reconnaissent les difficultés à maintenir une chaîne de commandement unifiée. Le risque majeur, comme l’a martelé un intervenant, est que ces groupes échappent à l’autorité de l’État et deviennent des milices incontrôlables, aggravant le chaos dans l’Est de la RDC.
L’étude préconise donc une feuille de route en trois étapes : d’abord, un recensement officiel des effectifs Wazalendo ; ensuite, l’adoption d’un statut légal Wazalendo temporaire, avec des droits et des devoirs clairs ; enfin, un programme de démobilisation et de réinsertion dans la vie civile ou au sein de l’armée régulière. Sans cette clarification, prévient le rapport, la crise sécuritaire RDC ne trouvera pas d’issue durable, et les Wazalendo risquent de devenir une nouvelle source d’instabilité.
Les observateurs présents ont salué l’initiative du DYPOLE, qui a osé poser le débat sur la place publique. La société civile réclame désormais des actes. Pendant que les combats font rage au Nord-Kivu, le gouvernement doit trancher : institutionnaliser la collaboration avec les Wazalendo ou les voir dériver vers des logiques miliciennes. Le temps presse, car chaque jour d’ambiguïté juridique renforce le pouvoir des groupes armés dans l’Est de la RDC.
En filigrane, c’est la question de la souveraineté de l’État qui est posée. Si Kinshasa ne définit pas rapidement un statut légal Wazalendo, l’autorité publique continuera de s’effriter face à des acteurs non étatiques. Le café politique DYPOLE aura eu le mérite de briser un tabou. Reste à savoir si les recommandations resteront lettre morte.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
